27.05.2026 19h Soirée d’échanges autour de la revue Multitudes et l’Icône du numéro 102, suivi de projections de courts métrages

27.05.2026 19h Soirée d’échanges autour de la revue Multitudes et l’Icône du numéro 102, suivi de projections de courts métrages

En présence de Gaetane Lamarche Vadel, Dénètem Touam Bona, Maya Mihindou, Moye, Maïra de Oliveira Aggio et d’autres invité.es.

MM : je me demandais d’ailleurs, le nouvel hamac pour « Non-noyées», que symboliserait-il?
MAÏRA : Entre un placenta, un utérus, un filet de pêche, un être, un sujet organique-résultat d’une technologie ancestrale qui enveloppe, berce… Je ne sais pas encore te donner une réponse rationnelle, tu vois…
C’est surtout une manière de se suspendre pour raconter les profondeurs.
Pour l’instant c’est mon défi d’écriture de tisser ces liens. Et je pense que le tissage même du hamac m’aidera.

La revue Multitudes a donné Carte blanche à Maya Mihindou pour son dernier numéro, paru en mars 2026. L’artiste a fait le choix de revenir sur le Cosmogramme Eloge de la Submersion, dont elle a accompagné la création par de nombreux dessins et œuvres. Le 27 mai initie des retrouvailles avant la prochaine escale qui ouvrira en novembre, sous la forme de rencontres avec Gaëtane Lamarche Vadel, coordinatrice de l’Icône Multitudes, Dénètem Touam Bona, philosophe, artiste à l’initiative des Cosmogrammes, l’artiste Moye, autrice d’Un silence dans l’écho qui nous sera présenté et Maïra de Oliveira Aggio, artiste chercheuse brésilienne formée au cirque. Cette dernière travaille actuellement à l’adaptation de Non-noyé*es : Leçons féministes Noires apprises auprès des mammifères marines. Pour la pièce, Maïra est revenue dans son pays, dans un quilombo de l’État du Piauí, accompagner la fabrication inédite d’un hamac de 10 mètres, un hamac-baleine, tissé en fibre caroà, conçu par deux familles de la communauté porteuse de ce savoir ancestral.

Cette vision de Maïra – le maillage du hamac comme matérialisation des réseaux et communautés contre-coloniales -, rejoint sans peine l’hommage aux « pratiques de solidarité et de résistance qui s’inscrivent dans l’expérience historique du marronnage« , que développe Dénètem Touam Bona à partir de la figure de la liane et reste un fil rouge de ses écrits. Une vision qui rejoint aussi le désir de Mujawara (voisinage, en arabe). Tisser un voisinage révolutionnaire par-delà les frontières, pour reprendre les termes du collectif internationaliste des Peuples veulent, qui met ce terme en circulation afin de fédérer un large mouvement de solidarité matérielle, prêt à essaimer divers espaces au mois de juin.

Le hamac est une technologie robuste et protectrice. Celui de Maïra est immense. Nous choisissons, le temps de cette soirée, d’en faire un point de ralliement. Il nous importe de chercher ensemble où en faire tenir les deux bouts.

Maintenant que nous nous sommes trouvés, ne nous quittons plus*

* (Révolutions de notre temps – manifeste internationaliste des Peuples veulent)

 

Multitudes est en ligne (gratuit) ou sur papier (à commander ou dans les meilleurs librairie):
n’hésitez pas à consulter le site https://www.multitudes.net/

Multitudes n’est qu’une revue. Mais une revue à l’âge des multitudes, de l’Internet, de la mondialisation.

Multitudes est une revue qui fait sienne une formule de Michel Foucault qui caractérisait ainsi son projet : “J’essaie [… en dehors de toute totalisation, à la fois abstraite et limitative, d’ouvrir des problèmes aussi concrets et généraux que possible, des problèmes qui prennent la politique de revers, traversent les sociétés en diagonale et sont tout à la fois constituants de notre histoire et constitués par elle…”.
“Prendre la politique de revers”, c’est là précisément la charge subversive des mouvements de la société. Ce que Multitudes entend explorer comme pratique théorique, comme ontologie, comme matérialisme dans la pensée. La fuite, la défection, l’exil, la résistance ne sont pas le fait abstrait d’une raison critique qui dit toujours non. Ils construisent un espace d’affirmation positive. L’alternative est le pouvoir constituant de la transformation en acte :dans la culture, dans la théorie, dans la politique.

Multitudes n’est donc pas une revue “politique”, mais parce qu’elle a une politique de la pensée, elle prend de revers ce que la politique a de pire : la répétition, le convenu, la prétention à la transparence. Elle pratique en revanche l’orpaillage de contrebande dans les sables charriés par les fleuves des multitudes. C’est dire qu’elle ne se substitue à aucun mouvement, ni à un mouvement des mouvements, mais situe le lieu d’où peut s’élaborer l’alchimie de la transformation.

Revue transculturelle, elle aspire à arpenter les signes de la culture nomade des sans identité fixe, univoque et souveraine, des métisses de la raison, et à ouvrir à des usages des savoirs qui seuls engagent. De langue française, elle transite entre les langues et se développe par de multiples traductions.

Deux ans après le lancement de son pari, Multitudes a apprivoisé un peu plus son projet. Ses rédacteurs deviennent-ils sans doute irrémédiablement spinozistes, nietzschéens, guattariens, deleuziens, foucaldiens, négriens, occasionnellement marxiens, quand cela permet d’élargir le non de la désobéissance dans l’ordre de l’esprit.

À la prescription de la révolte sur fond de ressentiment, ils préfèrent l’affirmation résistante et constituante de ses modes d’existence multiples.
La domination absolue n’a jamais existé, et n’existe toujours pas.
Partout s’inventent les idées, les gestes, les paroles, les groupes et les minorités,
qui échappent à sa mythologie mortifère.
C’est cette option vivante qui aujourd’hui nous rassemble.

Hétérodoxes dans l’hétérodoxie, déviant dans la déclinaison des idées, car le clinamen permet à la pensée de subvenir aux besoins de la vie. Parler, écrire, relayer des mots, des musiques, des images, c’est se proposer de mettre en commun.
Un mettre en commun est-il possible, qui ne reconduise pas sur les sentiers battus du majoritaire ou de l’universel ?
C’est le pari que poursuit Multitudes.

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