22.05.2026 19h Projections rencontres : Valérie Jouve, Taysir Batniji, Oraib Toukan
Evénement en lien avec l’exposition Ses racines s’étendent jusqu’à 7000km.
22.05.2026 19h Projections rencontres : Valérie Jouve, Taysir Batniji, Oraib Toukan
Valérie Jouve, (en sa présence) : Les sept villes palestiniennes, diaporama
« Les images proposées par Google lorsque je tapais le mot de Palestine en 2008, ne concernait que les jets de pierres, les drapeaux, tout tournait autour du conflit. Le mot même disparaissait du vocabulaire de nos médias. J’ai réalisé plusieurs projets qui tentent de reconstruire nos imaginaires de ce pays. Ce diaporama a été conçu entre 2009 et 2013 comme preuve de l’existence d’un pays. Dans le monde entier, un territoire comportant 7 grandes villes est appelé pays. La Palestine est un cas très particulier que je tenais à souligner par ce travail, car physiquement parlant ce pays existe, je l’ai vu et reconnu ! La stratégie israélienne, très efficace, brouille les esprits comme j’ai pu m’en rendre compte en France où beaucoup me demandaient si Naplouse, par exemple, était en Palestine ou en Israël ! La confusion est depuis longtemps une arme de guerre d’Israël, ils ont beaucoup volé à la culture palestinienne pour construire leur propre identité. Il m’a semblé important et urgent de nourrir nos imaginaires de représentations du territoire et des identités très différentes de chacune des villes arabes, loin culturellement de son voisin israélien. Chaque ville est photographiée par une entrée de ville choisie et sa traversée. Ultérieurement j’ai intégré à ces portraits, quelques figures humaines qui habitent ces villes ; ils sont les accompagnateurs de notre regard. Gaza est la seule ville seulement suggéré par un texte car il était déjà important pour moi de souligner l’impossibilité d’y rentrer. » V.J.
Valérie Jouve
Née en 1964, elle vit entre Paris et l’Aveyron. Pour Valerie Jouve, la question de l’espace est au cœur de son travail, qu’il soit présent à la prise de vue par la manipulation de son outil, la chambre photographique (qui permet les bascules ou décentrements) ou dans la construction des montages d’images dans ses expositions ou publications. Il s’agit de comprendre comment la figure, humaine ou autre, confère une présence à ce qui l’entoure et de ce fait vient influencer le lieu. Entre 2008 et 2018, Valérie Jouve a travaillé essentiellement en Palestine à tenter de faire reconnaitre ce pays par la culture, le quotidien, les villes ou le travail collectif : « Les cinq femmes du pays de la lune ». Suite à cette période, elle est partie des villes pour travailler dans les villages, nourrie des multitudes d’éléments du vivant. La dimension utopique est essentielle dans ce travail, la photographie peut nourrir nos imaginaires d’autres possibles. En lien et parallèlement à son activité artistique, elle enseigne à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Depuis 2017, elle collabore au sein d’un laboratoire de recherche en anthropologie urbaine, le LAA, LAVUE (UMR 7218 CNRS). Elle commence une pratique cinématographique dés 2001 avec le film « Grand Littoral », et poursuit une pratique mêlant photographie et séquences filmées depuis ce jour, considérant que ces deux outils d’enregistrement pouvaient travailler ensemble plutôt que de se tourner le dos.
Taysir Batniji, projection Home Away from Home / The Journey, 2017, 22’36 »
Porté par la French American Photography Commission, dans le cadre du programme « Immersion » de la Fondation d’entreprise Hermès et de Aperture Foundation à New-York, le projet Home Away From Home mêle une centaine de photographies, dessins et vidéos. Dans ce travail, Taysir Batniji est allé à la rencontre de ses cousins palestiniens qui ont choisi d’émigrer aux États-Unis dans les années 1960-1980, afin de finir leurs études et de s’installer. Une immigration économique motivée par l’attrait du « rêve américain ». Durant l’année 2017, l’artiste s’est donc « installé » quelques semaines chez ses « cousins d’Amérique », en Floride et en Californie, dans le but de comprendre ce qui les avait pousser à quitter Gaza, et de relever la manière dont chacun, comme lui, s’inscrivait entre deux cultures. Dans la vidéo The Journey, les mains de sa cousine Khadra (hors champ), font défiler, le temps d’un long plan séquence, une collection de vieilles photos souvenir qu’elle commente d’une voix calme et constante, retraçant l’histoire familiale, depuis ses jeunes années à Gaza jusqu’à Los Angeles.
Taysir Batniji
Né à Gaza en 1966, l’artiste palestinien Taysir Batniji est diplômé de l’Université Al-Najah de Naplouse (BA, 1992) et de l’ENSA de Bourges (DNSEP, 1997). Depuis, il vit et travaille entre la France et la Palestine. Dans cet entre-deux géographique et culturel, il a pu développer une pratique artistique pluridisciplinaire dont l’image, photo et vidéo, est au centre depuis 2001. L’œuvre de Taysir Batniji, teintée d’impermanence et de fragilité, puise son inspiration dans son histoire subjective, intime, mais aussi dans l’actualité et l’histoire. Par le biais d’une approche distanciée, il détourne, étire, joue avec son sujet initial, de manière à proposer un regard poétique, parfois grinçant, sur la réalité. Après sa première exposition personnelle à Paris en 2002, ses oeuvres ont été largement exposées en Europe et dans le monde, notamment aux Biennales de Venise, Istanbul, Berlin et Lyon ; au Centre Pompidou et au Jeu de Paume à Paris ; aux Rencontres d’Arles ; à Aperture à New-York ; au Martin-Gropius-Bau de Berlin ; à la Kunsthalle de Vienne ; au Witte de With de Rotterdam et au V&A Museum à Londres. Taysir Batniji a été lauréat du Abraaj Group Art Prize en 2012, et, en 2017, du programme « Immersion » de la Fondation Hermès en alliance avec la Fondation Aperture. Ses oeuvres font partie des collections de plusieurs institutions prestigieuses dont le Centre Pompidou, le Fnac, le CNAP, le Mac Val et le Musée National de l’Histoire de l’Immigration en France ; le V&A, l’Imperial War Museum et la Tate Modern à Londres ; IVAM en Espagne ; la Queensland Art Gallery en Australie ; Zayed National Museum à Abu Dhabi, le Mathaf à Doha et Art Jameel à Dubai… Plusieurs institutions lui ont consacré une exposition monographique d’envergure : les Rencontres d’Arles (2018), le Mac Val (2021), le Mathaf à Doha (2022) et le Palazzina dei Giardini ducale de Modène (2025-2026). Taysir Batniji est représenté par les galeries Sfeir-Semler (Hambourg, Beyrouth) et Éric Dupont (Paris).
www.taysirbatniji.com
Oraïb Toukan, projection de Offing, 2021, 28’
« »Nous avons ici une règle empirique : tant que vous pouvez encore entendre, vous êtes en vie. » L’artiste Salman Nawati, basé à Gaza, prononce ces mots dans mon film. On dit que l’ouïe est la dernière faculté sensorielle qui subsiste à l’approche de la mort. Le film explore la manière de projeter des images sur les récits de souffrance d’autrui, en réfléchissant à l’espace où se rencontrent la parole et l’imagination. J’essaie de subvertir, plutôt que de représenter, l’horreur évoquée, en m’attachant plutôt à la tendresse et au quotidien, avec des images en gros plan, quelque peu foisonnantes, que j’ai tournées au fil des ans. Les supports temporels deviennent un outil magique pour cette subversion ; le simple fait d’inverser ou de modifier la vitesse des choses passées offre la possibilité de réécrire des événements horribles. Le mot « offing » désigne la partie de la mer la plus distante tout en restant visible. Nawati fait allusion à une illusion de liberté lorsqu’il regarde l’horizon de la mer Méditerranée depuis les côtes de Gaza, trouvant du réconfort dans l’absence de frontières dans son champ de vision, bien qu’il soit pris au piège sous le siège israélien, sans aucun endroit où fuir en temps de guerre. »(O.T.)
Oraib Toukan
Oraib Toukan est née à Boston en 1977 et a grandi à Amman, en Jordanie où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Elle a obtenu des diplômes du Bard College associant plusieurs disciplines comme Les Systèmes de Géographie et d’Information (MSc), les Beaux-arts et la photographie (MFA). En 2008, elle a reçu une bourse d’étude de deux ans de Jacob Javitz, ainsi que les bourses de production MAWRED, YATF, et AFAC. Grace à ce soutien, elle a pu travailler sur des projets tels que l’assignation d’Israël et du Liban pour vol de nourriture, une tentative de vendre des nations aux enchères à la place d’objets d’art ou de re-présenter les cadeaux diplomatiques des états arabes au peuple d’Israël. En 2009, elle a effectué deux résidences, à la Delfina de Londres et à l’Artist Alliance de New York City, ville où elle réside depuis 2007.
visuels : Valérie Jouve, Taysir Batniji, Oraib Toukan


