Dans les hauts-fourneaux, Sur les chemins de fer Jusqu’à des heures tardives je travaillais Les jours passent, Combien de temps me reste t-il encore ? Salah Sadaoui, Mel ghorba barkani
SCOPITONE du grec [scopein] qui veut dire regarder et [tonos], tonalité. Machines placées dans les bars dans les années 60-70. Par extension, nom donné aux films contenus dans la machine.
De 1963 à 1980, 250 bars fréquentés par des immigrés ont été équipés de scopitones, juke-box à images. Ces machines diffusaient de petits films musicaux produits et réalisés par une équipe française qui mettaient en scène des chanteurs du Maghreb et du Machrek. La particularité de ces films se situe dans la juxtaposition de chants et d’images porteurs de sens parfois antagonistes. Leur dimension commerciale ne peut en aucun cas effacer leur valeur et au-delà de la volonté des uns ou des autres apparaît un témoignage unique sur la situation des travailleurs immigrés dans les année 70 et 80, sur un regard français posé alors sur eux.
Lors d’une projection, Johanne Larrouzé a découvert en 2001 l’existence de ces scopitones maghrébins. L’image d’un homme vêtu d’un costume cravate, chantant en arabe au milieu de grues sur un chantier l’a pendant longtemps troublée. Il s’agissait de Mohamed Mazouni dans le scopitone Clichy.
Des recherches, menées avec David Bouvard, ont permis de découvrir plus d’une centaine de films en format 8 mm. Ils ont été identifiés et les paroles des chansons ont été traduites avec l’aide d’habitants du quartier Belsunce. Nombre d’entre eux connaissaient par cœur, ces images, ces chanteurs et les paroles des chansons. Certaines personnes ont alors raconté des histoires en contrepoint des films : le départ de leur pays, leur arrivée en France, leur condition de travail, la vie dans des chambres d’hôtel ou dans les foyers, l’absence des siens, le manque, la souffrance : l’exil. Il a été aussi question de musiques, de mots, des images particulièrement évocatrices et des problèmes de réprésentations portés par les films : le rapport à l’argent, à l’acool, à la sexualité, le corps de la femme, les situations de travail, le voyage, la solitude, l’exil, l’amour et le choc culturel.
Le livre L’exil a duré propose une écriture à plusieurs voix, où l’expérience migratoire est en quelque sorte démystifiée. A travers l’analyse affective de ces films, les travailleurs de cette époque (et leurs descendants) se réapproprient leur histoire, niée par les représentations dominantes (entre fantasme exotique et stigmatisation culturelle).
Le livre se compose de trois parties :
Ce qui m’arrête propose en vis-à-vis des extraits de paroles de chansons et une descritpion des images du scopitone.
Impressions est une transcription de paroles produites lors de visionnages de scopitones.
Conversation autour des scopitones est une écriture polyphonique, prenant pour point de départ ces scopitones et ce qu’ils véhiculent, pour aborder ce que vivaient les travailleurs immigrés sur le territoire français à cette époque et ce qu’ils vivent aujourd’hui - sachant que l’exil a duré.
Extrait du livre :
Celui qui part est toujours un traître et c’est pour ça qu’aujourd’hui par exemple les sans-papiers se retrouvent exactement dans la même situation qu’il y a trente ans avec l’immigration celui qui part n’est jamais le même que celui qui revient quand on part on quitte les autres on est un traître les sans -papiers se retouvent dans la même situation ils ne peuvent pas revenir avec du fric là-bas donc ils préfèrent se clochardiser ici comme dans l’émigration il y a longtemps les gens préféraient se clochardiser que de revenir parce qu’il perdaient complètement la face quoi tu es parti tu es revenu les mains dans les poches Chanteurs et chansons abordées dans le livre :
Fatima Soukharassia : La carte de résidence Mohamed Mazouni : Adieu la france, Ouild el ghorba (L’enfant de l’exil), Chérie Madame, Clichy Salah Sadaoui : Mel ghorba barkami, Soukardji Dahmane el Harrachi : Ya Rayah El Ghalia : Rouah rouah Noura : Ya rabi sidi (Mon Dieu, seigneur) Rabah Driassa : Talet el ghorba (L’exil a duré), Yal houta Slimane Azem : Rester ou s’en aller Mangala fille des Indes Tiri bia
Un livre den français avec des extraits des paroles des chansons en arabe
Production : D.R.A.C. P.A.C.A./F.A.S.I.L.D. et le Conseil Général 13
Graphisme : Didier Illouz
Une manifestation publique, au titre éponyme Talet el Ghorba, a été organisée à la compagnie, en automne 2003.
Format fermé : 140x210 mm | Impression : Quadrichormie | Reliure : 119 pages- Dos carré collé | ISBN : 978-2-9507298-4-2 | Prix : 15 €
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