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Soit dit en passant ...


 

Un regard porté sur les archives photographiques de la Fondation Arabe pour l’Image [1] et autres archives personnelles. Une installation proposée par Dore Bowen [2] et Isabelle Massu. [3]

 






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mots clefs
Isabelle Massu
Exposition collective.
Dore Bowen
La Fondation Arabe pour l’Image

ouverture : le 15 décembre 2005 à 18 heures

du 15 décembre 2005 au 29 janvier 2006
du jeudi au dimanche de 15 heures à 19 heures
entrée libre

Avec l’aimable collaboration de la Bibliothèque Municipale à Vocation Régionale pour le prêt des livres.

Présence d’elle
"La ville, le peuple, puis des visages surgissent de l’archive ; simultanément sous le graphisme des mots apparaît avec netteté celle dont on ne parlait pas, parce qu’on croyait en parler toujours : la femme. La neutralité du genre est déchirée et révèle à cru le jeu des différenciations sexuelles, pour peu qu’on s’en préoccupe.
L’archive parle d’ "elle" et la fait parler. Motivée par l’urgence, voici que s’impose un premier geste : la retrouver comme on recueille une espèce perdue, une flore inconnue, en tracer le portrait comme on répare un oubli, en livrer la trace comme on exhibe une morte. Geste utile du collectionneur, mais geste inachevé ; rendre visible la femme, là où l’histoire omettait de la voir, oblige à un corollaire : travailler sur la relation entre les sexes, faire de cette relation un objet d’histoire."
Arlette Farge, Le goût de l’archive, Paris, Seuil, 1989.

L’installation :
« A picture is worth a thousand words », cette expression idiomatique anglo-saxonne sous-entend que l’image se substitue aux mots, les rendant superflus. Il s’agit de l’un des mythes qui confère à la photographie son statut unique et incontestable.

Du fait de l’extraordinaire pouvoir des images, les photographies de femmes du Moyen-Orient reproduites dans les journaux, retransmises à la télévision, disséminées sur internet sont utilisées pour conforter une vision unique de « la femme arabe » : ce qu’elle est, ce qu’elle fait et ce qu’elle pense. En explorant la surface poreuse des mots qui entourent ces photographies Soit dit en passant tente de briser ces cloisonnements réducteurs et questionne le statut privilégié de la photographie en l’interrogeant dans un contexte discursif.

L’installation se construit à partir de la collection de photographies conservées par la Fondation Arabe pour l’Image à Beyrouth. Ces photographies sont mises en scène de manière analogue au site Internet de la FAI : numérisées, cataloguées. Surprenantes de par leurs diversités, certaines de ces images - une jeune star du Caire habillée en cowboy, une femme libanaise posant dans un studio avec sa carabine et son jeune fils, ou bien encore un groupe de jeunes femmes perchées sur le capot d’une voiture en Jordanie - semblent déjouer tout stéréotype. En donnant à voir les images de la Fondation avec les mots clefs qui leurs sont associés, Soit dit en passant expose la logique qui sous-tend le système de classification, une logique à laquelle la Fondation elle-même a dû se confronter avec l’adjonction de nouveaux mots clefs tels que « voile » ou « yashmak ».

La particularité de l’installation est l’apport d’éléments sonores à des archives personnelles. Nous avons demandé à des femmes de commenter une photographie à laquelle elles sont historiquement ou intimement liées. Leurs commentaires ont été enregistrés et donnés à entendre à d’autres personnes qui, sans avoir vu l’image initiale se sont engagées dans un dialogue, entamant ainsi le processus d’une construction fictive. A travers cette polyphonie, la photographie décrite s’inscrit dans l’imaginaire du spectateur, sa forme se transforme et traverse les frontières en faisant voyager ces mots de Beyrouth à Paris, d’Alger à Marseille. En interrogeant des mots et des images, Soit dit en passant tente d’élargir la représentation statique des femmes du monde arabe, rendant de leur souplesse à la qualité élastique de ces images ossifiées par le discours politique.


Scénographie :
Eric Hennaut, Fabrice Métais, Isabelle Gressier

Remerciements :
A toutes les personnes qui nous ont prêté leurs voix et imaginaires, à Fatiha Damiche, Madame el Hariss, Radia Labid, Rania Stephan, Rabea Koudil qui nous ont confiées leurs photographies pour cette installation, à Tamara Sawaya et Zeina Arida de la Fondation Arabe pour l’Image, le Centre SOS Femmes en Détresse à Alger.
À Arlette Farge.

photo de gauche : Photographe : Antranik Anouchian Collection FAI / Joseph el Hajj © copyright : Fondation Arabe pour l’Image
photo de droite : Van Leo - photographe Professionel- Van Leo Collection - Copyright © Fondation Arabe pour l’Image


[1] -La Fondation Arabe pour l’Image a été créée à Beyrouth en 1997 pour localiser, collecter, préserver, interpréter et diffuser le patrimoine photographique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord depuis le début du XIXème siècle jusqu’à nos jours. La recherche de photographies a été menée jusqu’à présent au Liban, en Syrie, en Palestine, en Jordanie, en Égypte, au Maroc et en Irak. Les collections acquises dans ces pays contiennent 50.000 photos couvrant la période de 1860 à 1970. Ceci constitue un document rare et original sur le monde arabe moderne et sur le développement de la photographie dans la région. Les priorités de la Fondation Arabe pour l’Image sont de préserver cet héritage et de rendre la collection accessible au public ... La FAI est la première tentative, dans le monde arabe, de changer les points de vue venus de l’extérieur qui ont largement échoué à dépeindre correctement les Arabes et leurs sociétés. La mission de la fondation est de rassembler, conserver et exhiber le travail des photographes arabes. L’ensemble constitue une alternative à l’histoire photographiée par l’Occident. »
Tiré de The Pictures Between, de Lynn Love dans la revue Saudi Aramco World, janvier/février 2001

[2] Dore Bowen est commissaire d’expositions et professeur en art contemporain à l’université de San José State, Californie. Elle a obtenu son doctorat et une maîtrise en “Etudes culturelles et visuelles” à l’université de Rochester, ainsi qu’une maîtrise en art interdisciplinaire de l’université de San Francisco. Pour ce Projet elle a obtenu une résidence à la Fondation Camargo, à Cassis.

[3] -Isabelle Massu est membre du collectif de la compagnie depuis 2000


   
   

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