Résidence 2020: Suzanne Hetzel, De printemps à printemps

Dernières nouvelles
De Belsunce
De printemps à printemps

Une présence dans un quartier du centre ville de Marseille durant l’année 2020/21.

Une résidence d’un an (une semaine par mois) avec Suzanne Hetzel commence à Belsunce, avec plusieurs partenaires : La compagnie, lieu de création, La marelle, Opening Book.
D’autres partenaires rejoindront l’aventure.

http://www.documentsdartistes.org/artistes/hetzel/repro.html

avec le soutien de la Région Sud

dates des premières résidences :
du 10 au 18 décembre 2020, puis, en 2021 du 3 au 10 janvier,  du 1 au 8  février, du 1 au 8 mars

 

«  J’ai utilisé ces semaines à “inverser les valeurs“. Comprenez-vous cette tournure ? L’alchimiste est au fond l’espèce d’homme la plus méritante qui soit : je veux dire, celui qui transforme la scorie, le déchet, en chose précieuse, en or même. Celui-là seul enrichit : les autres se contentent de faire du change. Ma tâche est tout à fait curieuse cette fois-ci : je me suis demandé ce qui jusque-là, avait été le plus haï, craint, méprisé par l’humanité : et c’est de cela précisément que je fais mon “or“. »

Friedrich Nietzsche ,Turin, le 23 mai 1888, Lettre à George Brandes à Copenhague (extrait), Friedrich Nietzsche, Dernières lettres, Rivages poche 2019.

Décembre 2020, à propos de son premier temps de résidence du 11 au 18 décembre 2020

« Entre l’intérêt que je porte aux objets et le désir de les revoir autrement dans un contexte artistique, je pense petit à petit m’engager sur une voie, dont voici quelques pierre milliaires. 

Pour amorcer ma résidence à Belsunce, je me rendrai dans les boutiques, bureaux et lieux d’accueil avec un regard d’artiste pour les objets qui s’y trouvent : je veux dire par là, que je les regarderai comme le point de départ d’une longue chaîne d’association. 

Tout partirait par le choix du tenancier de la boutique d’un produit (pour sa forme, sa matérialité, sa valeur marchande ou évocatrice, son usage, etc). Toutes les associations liées à cet objet (son histoire, sa provenance, ses usages, les souvenirs personnels, etc) seront évoquées et soigneusement notées dans un carnet.

Puis commencera un jeu d’associations à partir de cet objet avec d’autres objets ou œuvres choisis sur des catalogues des réserves des musées de Marseille. Leur photographie sera associée à l’objet du départ auquel s’ajouteront sans doute d’autres objets de la boutique ou non, ou bien des souvenirs sous forme d’objets de chez soi. 

Donc, quelques boutiques du quartier deviendront au fil de l’année des Petits musées d’art, c’est-à-dire des lieux qui composeraient avec leur marchandise et des représentations (photographies) d’œuvres d’art et d’objets.

Il sera nécessaire de  réfléchir – également avec l’équipe de La compagnie – sur la valeur marchande des œuvres d’art dans le contexte marseillais par exemple, et la valeur artistique éventuelle de la marchandise proposée dans le quartier. 

Les ponts entre commerce et art sont jetés dès 1873 quand Aristide Boucicaut organise concerts et expositions d’art dans son grand magasin Le Bon Marché à Paris. Inversement tout grand musée d’art compte aujourd’hui une boutique de vente dans son enceinte. 

Ne sachant point vers où le Voyage Belsunce me conduira, j’aimerais tout simplement le commencer. « 

 

 

Janvier 2020

Quand je regarde mon travail artistique, je ne pense pas prétendre à la qualité d’alchimiste, néanmoins, il porte quelque chose de cette idée d’“inverser les valeurs“ dont parle Nietzsche dans sa lettre à l’écrivain danois.

La rue, les poubelles, les caniveaux mêmes, tout ce que les hommes jettent, abandonnent et balaient hors de leur sphère de proximité constitue une des sources pour mes compositions photographiques. Détachés de toute revendication de propriété, ces objets représentent à mes yeux un support de transformation : faire apparaître le lien profond que nous entretenons avec les formes, reconnaître qu’elles sont aussi liées à une conscience du corps et enfin leur rôle incontestable dans les changements qui s’opèrent en nous.

Nombre de mes Trouvailles m’ont été données par les rues de Marseille : chaussures abandonnées, gants perdus, objets mis au rebut. Les objets ainsi collectés ne m’intéressent pas sous l’angle d’une valorisation des “objets de peu“, des “petits rien que l’on ne voit plus“ ou des “invisibles du quotidien“ comme on a pu le dire de mon travail.

Je vois “la transformation de la scorie en chose précieuse“ rendue possible par notre attention. Plus notre attention est grande à l’égard des choses délaissées, mieux elles prennent la lumière sous un appareil photo par exemple. Plus nous redoublons de soins envers les choses brisées et sales, plus elles acquièrent de l’éclat et cela, le spectateur le perçoit ! Mais pour faire mon or – pour reprendre la métaphore de Friedrich Nietzsche – je vise une mise en partage qui passe souvent par la représentation photographique. Les Trouvailles, une fois nettoyées et éloignées de tout contexte, deviennent des signes et prennent un statut d’offrande. Pour cette raison, la main est particulièrement présente dans mon travail. J’attache un certain pouvoir à la main qui est celui de lier deux mouvements dans un même geste : celui du don et de l’accueil. La main incarne notre capacité de ne pas séparer l’acte d’accueillir, de cueillir, de trouver, de créer de celui d’offrir, de donner, de caresser, d’exposer. Ma photographie se situe à l’exacte articulation des deux mouvements, au moment où ils ne sont qu’un.

Le quartier Belsunce par son histoire me paraît propice à une tentative artistique d’“inverser les valeurs“. Des séjours réguliers durant toute l’année 2020 laissent le temps de mieux connaître les personnes qui y habitent et travaillent, de comprendre les formes qu’elles véhiculent et de chercher une expression artistique qui donnerait les Dernières nouvelles de Belsunce.

Dans un premier temps, j’imagine une série de restitutions au fil de mes séjours sous forme de lectures. J’entends par lecture une forme de collecte de récits, d’observations, de choses trouvées ou vues, mais aussi des son enregistrés, des photographies faites, qui seront rendus publics. Cela peut donner lieu à des lectures de texte, à une projection, un diaporama, une invitation faite à une personne rencontrée ou à un repas. La Compagnie reste un lieu incontournable dans cette première phase du projet sans pour autant en être le centre. J’aimerais étendre “Les lectures“ dans à l’ensemble du quartier, explorer des lieux possibles et donner des rendez-vous nouveaux, éloignés du centre d’art.

Dans cette idée de l’éloignement et pour étendre la carte du quartier, un séjour hors du quartier, probablement loin de Marseille est envisagé. Sa destination adviendra avec les récits d’habitants ou de commerçants. J’imagine d’aller chercher une recette de cuisine dans un village du massif de l’Atlas ou bien consulter les archives photographiques de la Bibliotheca Alexandrina…

Un partenariat avec l’association La Marelle pourra rendre possible une telle résidence de recherche hors Marseille.

J’aimerais que le parti pris d’une diffusion pariétale sur l’ensemble du quartier rende sensible la complexité de son histoire et l’incertitude quant à son devenir. Pour cela de nouvelles formes de lecture pourront être engagées comme par exemple une diffusion d’images et de sons avec des parts interactives ou la considération de la circulation des corps dans l’espace pour une lecture de texte. Le partenariat avec l’association Opening Book à Marseille pourra accompagner les recherches en ce sens.

| Partenaires :

Opening Book, Marseille
La Marelle, Marseille
Centre Social de Frais Vallon, Marseille (pressenti)

| Extrait de notes

«  Je contourne la gare Saint-Charles et m’engage dans la rue des Petits Maries.
Je lis : Coiffeur enfant chez Badis, transféré 40 mètres plus bas, même trottoir (le 40 est collé sur un 50 barré)
En face du coiffeur : Hôtel Vertigo, lui aussi fermé et transféré.
Un groupe de sept hommes se trouve devant l’entrée d’une boutique de téléphone. En m’approchant je remarque un brassard Police orange fluo sur deux des hommes.
Je continue la descente de la rue et m’assois au 47 sur les marches en pierre de Cassis d’une entrée d’immeuble.
Un homme passe, sourit : Ca va ? Je vous invite ?
Heureusement il n’attend pas la réponse, poursuit son chemin jusqu’à la place.
En face : Maison Kahn, architecte. Une porte vitrée laisse voir une pièce éclairée au néon, un homme de dos est devant un écran.
L’homme du je-vous-invite revient, s’arrête cette fois-ci.
Alors, vous écrivez un livre ?
Ah, vous êtes revenu ? Je glisse une pointe de reproche dans ma voix.
Oui, vous écrivez un roman ?
Je ne sais pas encore, on verra l’année prochaine.
Vous écrivez si longtemps ?
Il allume une cigarette et retourne sur la place Louise Michel.
Louise Michel héroïne de la Commune et militante anarchiste décède le 9 janvier il y a 115 ans à l’hôtel Oasis, à deux pas d’ici. »

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