9.07.18-20.10.18 Sismographies, Zahia Rahmani, Rose Lowder, Simon Poëtte, et un hommage à l’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens

vernissage le lundi 9 juillet à partir de 19h | ouverture pour le FID du 10 au 16 juillet 2018 de 14h à 19h
(fermeture du 17 juillet au 30 août )
réouverture du 31 aout jusqu’au samedi 20 octobre 2018

du mercredi au samedi de 15h à 19h — entrée libre

remerciements à Lightcone, INHA, Jean-Paul Hirsch

une proposition du FID Marseille et de la compagnie, lieu de création

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rencontre avec Zahia Rahmani, Simon Poëtte, Lotte Arndt et Jean-Pierre Rehm le 6 septembre à 19h

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dossier de presse ICI | lien vers le site du FID Marseille

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L’exposition Sismographies met en lumière des mouvements qui permettent de voir le monde autrement. On est d’abord immergé dans une multiprojection conçue par Zahia Rahmani dédiée aux luttes d’émancipation à travers une sélection de quelques 900 couvertures, photographies et textes manifestes issus de revues culturelles non-européennes. Ensuite, la compagnie rend à hommage à Paul Otchakovsky Laurens qui envisageait sa pratique d’éditeur semblable à celle d’un cinéaste. Puis les bouquets cinématographiques de Rose Lowder proposent des vibrations d’images faites d’éléments de nature et d’autres intrusions comme pour amplifier leurs multitudes. Et enfin Simon Poëtte regarde des enregistrements d’un jeune militaire en activité dans ce qui serait un territoire désertique.

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Zahia Rahmani, Sismographie des luttes. Vers une histoire globale des revues critiques et culturelles,
2017, installation vidéo et sonore, 59 mn

Conception, réalisation : Zahia Rahmani, responsable du domaine de recherche, « Histoire de l’art mondialisée » à l’INHA

Chargées de la recherche : Florence Duchemin Pelletier, Pensionnaire, INHA, et Aline Pighin, Chargée d’études INHA

Montage : Thierry Crombet, relativ.design

Musique originale : Jean-Jacques Palix

Collaboration pour la recherche et la traduction : Sawssan Alachkar, Lotte Arndt, Marie-Laure Allain Bonilla,  Estelle Bories, Jacqueline Estran, Mica Gherghescu, Ghazal Golsheri, Émilie Goudal, Morad Montazami, Esteban Sanchez, Hugo Serafim Ratão, Devika Singh et Annabela Tournon

Avec la collaboration de :
Bibliothèque nationale de France
La médiathèque du Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, Paris
La Bibliothèque Kandinsky MNAM/Centre Georges Pompidou, Paris
L’Institut d’Asie orientale, Lyon
Institut d’études transtextuelles et transculturelles, Lyon

Remerciements à Pierre-Yves Belfis, Nicolas Bissi, Jean-Louis Boully, Alix Chagué, Etienne Dobenesque, Sarah Frioux-Salgas, Héloïse Kiriakou et François Guillemot

Cette installation vidéo-sonore rend compte d’un recensement de revues non-européennes ou produites en situation diasporique, dans la suite des courants révolutionnaires de la fin du 18e siècle jusqu’au basculement de l’année 1989 et la fin du monde des deux blocs. Les populations des territoires nommés dans cette œuvre visuelle et sonore ont connu le colonialisme, les pratiques esclavagistes, l’apartheid et le génocide. D’autres subiront de violentes dictatures, de fortes convulsions politiques et culturelles. La lutte contre l’esclavage est peut-être à la source de ce que l’on nomme une revue critique et culturelle, soit un objet matriciel de la modernité. Tout comme la lutte contre le colonialisme. Si par sa nature le colonialisme a affecté nombre de communautés en leur cohésion sociale et culturelle, ce dernier a lui aussi été extrêmement combattu par l’écrit et le geste.

Au 18e siècle, ce que l’on nomme la révolution américaine ne met pas fin à l’esclavage. Ni à la dépossession indienne. C’est le marronnage, cette contestation de l’esclavage par l’esclave qui, dès le 16e siècle, en Afrique d’abord, jusqu’aux Mascareignes, puis dans les Amériques et aux Antilles, par ses pratiques politiques et artistiques clandestines (notamment dans la danse et le chant) et plus tard dans ses récits et textes, alimentera la conscience abolitionniste. De cette période peu d’éléments matériels nous sont parvenus. Et les rares matériaux existants sont difficiles d’accès. Mais là est né un modèle de résistance critique utilisant différents supports, tissus, bois, papiers, et une variété de signes et de dessins.

Leurs équivalents européens pourraient être les modèles de samizdats, ces liens précaires, produits eux aussi dans la clandestinité par une population juive en lutte contre son oppression. Mais toutes ces pratiques, fragiles, se sont dissoutes dans le temps. La revue ne cesse de dire une ambition d’indépendance contrariée parce que faite nécessairement de voix singulières, d’auteurs volontaires, tentés par des perspectives politiques et culturelles renouvelées.

C’est sur l’île d’Haïti que l’on a trouvé la trace la plus ancienne, matérielle et complète de cet exercice éminemment moderne qu’est la revue critique, comme en témoigne L’Abeille Haytienne de 1817. Un document qui dit une volonté constante d’émancipation, qui en fait le vœu. Christophe Colomb y débarque en décembre 1492 et il la nomme de droit Hispaniola. Puis, l’île devient Saint-Domingue, territoire français de plus de 400 000 esclaves soumis à la férocité. CLR James notera qu’en 1789, ce territoire fournira à lui seul les deux tiers du commerce extérieur français.

En 1804, la révolte des populations soumises donne naissance à un état indépendant nommé Haïti. Cette cause acquise, les luttes perdureront. Durant plus de deux siècles, la revue papier a été l’espace d’expériences protéiformes. Nées dans l’urgence et souvent en contexte colonial, portées par une ambition tant critique, politique, qu’esthétique, poétique et littéraire, les revues ont perpétué une inventivité graphique et scripturale dont il faut souligner la rareté.

Elles font constamment irruption dans les luttes que les femmes et les hommes ont menées pour leur émancipation.

Faite à la fois de singularités formelles et de volontés politiques en direction de communautés humaines et de leurs aspirations, la revue, cet objet fragile, réalisée bien souvent dans des conditions d’adversité matérielle, sociale et politique fortes, animée par des causes nobles et l’obstination d’auteurs engagés, témoigne d’une puissance plastique rare. Il faut aujourd’hui, à l’ère du tout numérique, en restituer l’apport et mettre en perspective sa fonction formelle, critique, esthétique et politique à l’échelle mondiale.

> Zahia Rahmani 

Écrivaine, et historienne d’art de formation, Zahia Rahmani est responsable à l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), du domaine de recherche Art et Mondialisation, récemment renommée Histoire de l’art mondialisée.
Inauguré en 2004, il est le premier programme de recherche dédié aux corpus critiques et aux pratiques artistiques à l’ère de la mondialisation. Son observatoire, Globalisation, art et prospective-GAP, regroupe un collectif de chercheurs internationaux.
Elle est l’auteur d’une trilogie consacrée à des figures contemporaines « d’hommes bannis ». Un travail littéraire sur des figures impensées de la théorie postcoloniale.
Moze (2003, SW p. 2016), Musulman roman 2005,  SW p. 2015) et France récit d’une enfance (2006, Livre de p.2008) aux éditions Sabine Wespieser),  Elle a notamment publié « Le Harki comme spectre ou l’Écriture du déterrement », in Retours du colonial ? Disculpation et réhabilitation de l’histoire coloniale (2008, éd. Atalante) et « Le Moderne comme point d’arrivée sans fin », in Qu’est-ce que le contemporain (2010, éd. Cécile Defaut.
De 1999 à 2003 elle a créé et dirigé le Research Program, post-diplôme de l’École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris, sous la direction d’Alfred Pacquement. Elle a mené et soutenu la constitution de nombreux réseaux de partenariats scientifiques et artistiques notamment en Afrique du Nord, au Brésil et en Inde.  Elle a obtenu la Chaire Global Faculty in Residence  NYU Gallatin 2016.
Elle a dernièrement dirigé le projet, Made in Algeria, généalogie d’un territoire, dédié à la captation territoriale  par le développement de la cartographie et la représentation des territoires coloniaux, qui  a donné lieu en 2016 à un essai/catalogue et une exposition majeure qui s’est tenue à Marseille, au MuCem. Elle a développé et conçu le dispositif,  Sismographie des luttes – Vers une histoire globale des revues critiques et littéraires, présenté à RAW Materaial Company Dakar.
Ses écrits et ses lectures sont régulièrement signalés et commentés par les chercheurs tant en France qu’à l’étranger. Elle est membre du Collège de la Diversité et Chevalier des Arts et Lettres.

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Rose Lowder, Bouquets (1-20), 1994-2009, 26’33, couleur, silencieux

Avec l’accord de l’artiste, ces films 16 mm sont présentés en vidéo.

Dirigeant ses recherches sur la perception visuelle par rapport au moyen d’expression cinématographique, son travail s’est concentré sur les différentes façons de moduler les caractéristiques visuelles, plastiques, graphiques ou photographiques, de l’image au cours d’une transformation dans le temps.

Ces recherches l’amenèrent à composer l’image dans la caméra, souvent au moyen d’un tissage d’images au cours de plusieurs passages de la pellicule dans l’appareil. Progressivement fût développé une manière de travailler avec des partitions dessinées afin de distinguer, au cours de l’enregistrement, les photogrammes exposés de ceux encore à réaliser. Cette façon de travailler est relativement complexe et méticuleuse car il s’agit d’enregistrer une succession d’images, image par image dans la caméra, de manière à ce qu’elles apparaissent simultanément sur l’écran lors de leur projection.

> Rose Lowder

Née en 1941, Miraflores. Vit et travaille à Lima, Pérou.
Colegio San Silvestre, Miraflores (1947-1958). Etudes en peinture/sculpture dans des ateliers d’artistes et des écoles d’art à Lima, Pérou (The Art Center (1951-1957), La Escuela de Bellas Artes (1957-1958) puis à Londres (Regent Street Polytechnic (1960-1962), Chelsea School of Art (1962-1964). Artiste-plasticienne tout en exerçant dans l’industrie du cinéma comme monteuse (Londres 1964-1972).
Dès 1977, Lowder concentre son attention sur l’aspect visuel du processus cinématographique, et, à l’invitation de Jean Rouch et de son équipe à l’Université de Paris X, réunit une partie de ses recherches dans un Doctorat en Lettres et sciences humaines intitulé Le film expérimental en tant qu’instrument de recherche visuelle (1987). Active depuis 1977 dans la programmation de films rarement montrés, elle fut co-fondatrice des Archives du film expérimental d’Avignon (AFEA, 1981) afin de constituer une collection de films et de documents, et de publier plusieurs ouvrages : La part du visuel, films expérimentaux canadiens (AFEA, 1991), L’Image en mouvement (AFEA, 2002), Images / discours (AFEA, 2006) pour rendre ces œuvres plus accessibles au public.
Chargée de cours (1994-1995), puis professeur associé (pratique, histoire, théorie et esthétique, à l’UFR des arts plastiques et sciences d’art, Université de Paris I (1996-2005).

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Simon Poëtte, La cabane, 2018, 20’, son stéréo

Il est seul dans son appartement.
Il y construit une cabane dans laquelle il s’installe devant un ordinateur.
Il visionne des images de jeunes militaires en mission.
Ils sont dans un espace désertique et anonyme, dans une temporalité suspendue.
Dans une attente sans but.

> Simon Poëtte

Né en 1989 à Décines-Charpieu (69).
Il vit et travaille à Marseille.
Il a obtenu son DNSEP à l’Ecole Supérieure d’Art et de Design de Saint-Etienne en 2016.
Son travail a une dimension autobiographique, et d’inquiétante étrangeté.

Il a réalisé, entre autres : 14h32, vidéo, 2014, 10’ 8” (un conte sans paroles, dans une forêt qui traverse le temps) ; Le marionnettiste et moi, vidéo, couleur, son, 7’50’’ Musiques de Yuanqi Mo et Tingwei Fu 2016 (comme un conte sans paroles, qui évoquerait celui du petit chaperon rouge, où le manipulateur qui ne se cache pas fait penser au kurogo japonais : il semble suivre sa marionnette — mais n’est-ce pas lui la marionnette, le jouet de ses fantasmes les plus obscurs? La nuit s’installe, la brume… Ils traversent les bois, le froid. Le paysage est en pente, …

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