les mains sur la ville (concertation)

 

 

Une mise en œuvre de formes photographiques dans des espaces de la vie courante, menée par Vincent Bonnet.
Des approches de la ville au sens large dans ce qu’elle a de provisoire située quelque part dans le cours mouvant, infini, imprévisible des chose : cette ville sans lieu, ni centre, sans identité bien précise, guère préoccupée de son passé, cette ville qui s’autodétruit simplement et se renouvelle. Cela aurait pu être n’importe où et c’est précisément quelque part. Marseille Provence Métropole. Imagine un Etat, une ville où les cartes d’identité seraient des cartes postales.

 

Et la photographie, si photographie il y a, est déjà prise, déjà tirée, dans l’intérieur même des choses et pour tous les points de l’espace.

DÉMARCHE

Il m’importe que l’image photographique soit une échappée, en prise avec le réel. marcher, voir, habiter... une tentative de créer un espace où une expérience peut se partager, un espace de questionnement.
A travers cette proposition les mains sur la ville, je veux opérer des déplacements qui mettent en jeu l’image photographique autant dans sa production, sa présence plastique que dans ses usages.

PRÉAMBULE

Comme point de départ, il y a un intérêt suivi à quelques formes populaires de la photographie - la carte postale, l’affiche, le poster entre autres - et aux changements urbains de la commune de Marseille.
J’essaie de questionner comment se construit l’image d’une ville et voir quels enjeux sont liés à cette image. Depuis la coupe du monde de football en 1998, puis l’ouverture de la nouvelle ligne tgv, l’image de la ville de marseille a changé, bien plus rapidement que la ville elle-même. Il semblerait qu’on veuille rendre attractive cette ville qui a été pendant longtemps peu, voire pas touristique.
À partir de cette approche, il s’agit de penser comment je peux tenter, non pas de reconstruire l’image d’une ville, mais en allant sur le terrain même de la ville, d’en proposer des figurations, des géographies concrètes (une sorte de travail de géomètre). Ces formes photographiques tenteront de se socialiser en cherchant aussi des usages hors du cadre de l’art.
La plupart des images de la ville de marseille, produites, exposées, médiatisées ou mises en vente semble inéluctablement instrumentalisées pour une vision schématique, fictionnelle (« pagnolades »), muséale (monuments architecturaux et autres) et publicitaire (la provence, la côte d’azur) de la ville. Au service du marché économique et touristique, elles s’imposent comme des modèles attractifs. Elles entretiennent une certaine identité évidemment factice de la ville : elles sont telles des images de marque.

Des approches la ville au sens large dans ce qu’elle a de provisoire, située quelque part dans le cours mouvant, infini, imprévisible des choses. cette approche suppose que nous fassions le deuil du désir de persistance, de longue durée, dans lequel baigne l’imaginaire urbain de l’occident et qui fonde notre approche du patrimoine, accumulative et rassurante. Longtemps encore résisterons-nous à la ville « générique » sans lieu, ni centre, sans identité bien précise, guère préoccupée de son passé, cette ville qui « s’autodétruit, simplement, et se renouvelle ». Il faut bien y adapter nos regards et certaines de nos actions.

Les mains sur la ville est la traduction littérale du titre du film Le mani sulla cità de Francesco Rosi, 1963, NB, traduit en français par "Main basse sur la ville".

PROCESSUS ET APPROCHES
Les mains sur la ville (concertation) est d’abord une campagne de prise de vue photographique, sur le territoire de la commune de marseille. Ces images procèdent par extractions/prélèvements des espaces. Elles se produisent lors de marches, déplacements, dérives, traversées des espaces de la ville et de l’urbain : une expérience de terrain se trame ici, photographique mais aussi physique et mentale, une expérience de la zone.

Il faut se dépêcher si on veut encore voir quelque chose. Tout disparaît.

TERRAIN ET TERRITOIRE
Ce sont les lieux du passage qui m’intéressent : lieux des mutations urbaines, grands chantiers, grands projets, mais aussi ces lieux d’où l’on part de la ville, ces lieux qui nous y amènent.
Ce travail porte sur ces espaces d’un entre-deux : c’est à dire soit des espaces que l’on atteint pour aller ailleurs, soit des espaces qui vont être amenés à disparaître ou à être réhabilités, pour devenir autre chose.
Mais dans tous les cas, ce sont des espaces en-devenir.

Logé dans le fond de ces photographies, s’actualise un projet politique, urbain, social, économique qui prend une forme bien matérielle, d’envergure et qui est là, en chantier ou en simulation : la reconquête du centre ville, l’opération d’intérêt national euroméditerranée, la l-2, le boulevard urbain sud, le grand projet de ville, le boulevard urbain de l’etoile, la gare multimodale saint charles, la gare maritime, etc.
Marseille Provence Métropole ou comment devenir une capitale régionale ? euroméditerranéenne ?
Ici et là, en contrepoint, en contrechamp, dans la marge de ces grandes opérations, je tente de donner à voir ce qui s’y passe d’autre et autrement : des choses s’inventent, des situations, des installations, des usages temporaire (ou pas). Des appropriations se font par les pratiquants de la ville, des figures singulières apparaissent dans ces espaces éphémères. Carton-paillasson. Avenue-entonnoir. Prison-maison. Arrêt. Pelouse-déjeuner. Parking-explosante. Container-club-house. Interstice-végétal. Tas de sable-cimetière. Mur-ici et ailleurs.

La dernière fiction à laquelle ce monde photographié nous porte est une idée de sa cohérence et d’un aboutissement naturel des plans larges (paysages) dans des assemblements de détails (nature morte) : la nature morte est un paysage.

PHOTOGRAPHIES
Dans ces espaces, je cherche ma place et à travers la photographie je tente de la donner à voir.
Il s’agit de tenir une position au moment de l’image. Une posture du “être là” alors que l’on n’a rien à y faire a priori. Je ne touche à rien, pas de calcul, cela préexiste avant tout.
Ces images se perçoivent à posteriori comme des natures mortes « géantes » où la table de composition serait le sol même, omniprésent dans ces images.
Le sol, la terre est comme un double support, celui de l’image mais aussi celui du photographe. Pas ou peu de ciel, pas de skyline dans ces photographies mais quelque chose de l’ordre du « earthline », de la ligne de sol, très terre à terre.
Ce monde tel quel à portée de main. Ce monde, quel monde, notre monde ?
Ces photographies travaillent sur une esthétique de la marche dans la confrontation d’une solitude, la mienne avec un paysage. Mais c’est surtout l’espace lui-même qui à un instant bien précis s’impose à moi en tant qu’image, comme une concertation silencieuse.
Ces images tentent de faire surgir des imaginaires : dans un détail qui pointe, dans la fixation évidente sur une figure, dans des condensations de différents plans qui cachent autant qu’elles montrent, dans des perspectives de lignes de fuite, dans l’aplat de couleur, teinte affective, ou dans ces pulsions proches qui touchent au flou. Elles se donnent à voir à un moment comme la présence d’un indéterminé que pourtant l’on pressentait : une lointaine proximité.
C’est le pouvoir de figuration de ces photographies qui m’intéresse - n’imposant pas une représentation pour d’autres (ce que fait la carte postale en imposant une identité de la ville). Ainsi on se demande toujours où on est ? On ne reconnaît pas vraiment marseille (sauf exception) : cela pourrait être n’importe où et pourtant on est bien quelque part. Ces images posent questions, des questions ouvertes et ainsi créent des espaces où l’on peut se projeter, des lieux communs, fourbis de figures singulières et de passages, des lieux qui ne sont malgré tout que des images.

ENJEUX / CONCERTATION
Un des enjeux de ce projet se situe dans sa diffusion même, c’est à dire de la présence de ces images dans des espaces de la vie courante de la ville : opérer un déplacement et questionner la visibilité des images.

1ère phase (hiver 2004/2005) une série de cartes postales
Une série de cartes postales a été éditée en travaillant sur ce qui se passe dans le retournement, du recto au verso, de l’image au texte, du contexte à sa figuration, et dans l’ambiguïté de son statut : entre l’objet commercial, épistolaire et l’objet d’art.
Puis s’est organisée une exposition informelle, dispersée et quasi permanente, en plaçant ces cartes postales dans les tabacs et librairie du centre-ville en suivant la ligne rouge (parcours/découverte du vieux-marseille). Le commerce de tabac m’intéressait parce qu’il est un espace référencé comme lieu de vente de cigarettes et qu’il vend en même temps bien d’autres choses (dont des cartes postales...) : presque tout le monde peut être amené à entrer dans un tabac. Le centre-ville comme espace privilégié de diffusion a été choisi car il est l’espace commun de tous ceux qui habitent cette ville et de ceux qui y passent ou y séjournent (touristes, migrants...).
Ce parti-pris d’une forme marchandise est une tactique pour que ces mises en vue coexistent, se fourvoient, se confrontent avec l’imagerie touristique.
Là les images se postent à la rencontre du tout venant de la grande ville. La vente n’est pas la finalité en soi de ce projet : elle est une stratégie pour occuper des espaces de la vie quotidienne et l’affirmation qu’au final le spectateur est le faiseur de l ’image, à travers son regard mais aussi ses pratiques, consommateur, littérateur, communiqueur...
Cette expérience a été l’occasion lors du démarchage auprès des commerçants, de discussions, débats, médiations, entre eux et nous autour de ces images. qu’est-ce qu’elles suscitent en parole et en questionnements ? Pourquoi il n’est pas possible de les mettre en vente... question de marketing, de commerce, mais aussi question d’image de la ville, d’objets pour touristes, de clientèles. et comment cela été possible à certain endroit.

les cartes postales sont en exposition permanente à
L’odeur du temps 35 rue Pavillon 13001 Marseille * Tabac Umile et Cie 36 cours Belsunce 13001 Marseille * Librairie Pharos 19 rue du Chevalier Roze 13002 Marseille * Tabac Loto de l’Ange 2 rue de la Loge 13002 Marseille * La Bouquinerie 88 La Canebière 13001 Marseille * Bar Tabac Le Disque Bleu 78 quai du Port 13002 Marseille * Librairie Païdos 54 cours Julien 13006 Marseille * Tabac La Caravelle 17 rue d’Aubagne 13001 Marseille * Librairie Regards centre de la Vieille Charité 2 rue de la Charité 13002 Marseille * .... les mots pour le dire 33 rue des trois mages 13001 Marseille