le bruit du fleuve

 

 

travail autour les spécificitées sonore de l’espace urbain

 

Dans Paysages sonores de Belsunce [1], je me suis attaché à construire un espace d’écoute pour un ensemble de sons collectés dans la rue. Il s’agissait de travailler sur l’univers sonore urbain du quartier. L’installation à la compagnie se présentait comme suit : l’espace, situé à l’intérieur, accueillait des manifestations sonores venant de l’extérieur. Ce dispositif voulait souligner la part active (mais pas forcement volontaire) de notre entendement dans le processus d’écoute, il y avait là une opportunité d’expérimenter un espace urbain, via son aspect sonore uniquement. On pouvait le définir comme un épochè [2] du paysage sonore.

Avec le bruit du fleuve, je souhaite proposer plusieurs interventions dans les rues, sous forme d’installations temporaires. Leur base commune est un dispositif de boucles : un micro capte le son ambiant que des hauts-parleurs rediffusent dans le même lieu au même moment. Je souhaite redéfinir l’agencement de ces éléments, en m’autorisant aussi à dénaturer les sons qu’ils produisent. Trouver des configurations qui repensent l’acoustique d’un lieu et sa réactivité aux productions sonores, en invitant à y intervenir, à agir. Chaque dispositif propose une rencontre avec un lieu singulier, en travaillant sur ses spécificités sonores qui ouvriront également à des collaborations [3] .

Dans ce travail, je considère l’univers sonore urbain comme un ensemble d’interactions, dans lequel un auditeur est un acteur (même silencieux). J’envisage cet ensemble, comme un flux, qui subirait des influences, prendrait des directions, se caractériserait par telle ou telle qualité. Je ne veux pas m’arrêter à la considération d’un paysage sonore composé d’une superposition « d’objets sonores » [4]. Le bruit du fleuve est une image possible pour évoquer le drône [5]. Je compte développer ma réflexion dans l’échange avec les passants puis les participants, lors de la mise en place et le fonctionnement des installations.


[1installation présentée à la compagnie en decembre 2006

[2Épochè est un mot grec qui signifie d’abord « arrêt, interruption, cessation ». Chez les stoïciens, l’épochè désigne la suspension du jugement. Dans la phénoménologie, l’épochè désigne la « mise entre parenthèses » de l’objet visé par des vécus de conscience, mise entre parenthèses qui seule permet l’examen des structures universelles de la conscience, dans la mesure où l’on y fait abstraction de tout ce qu’un vécu peut avoir de particulier.

[3Ce projet à reçu une aide à la création de la région PACA.

[4Objet sonore (notion schaefferienne) : tout phénomène de perception sonore qui se révèle à travers une « intention d’entendre » (visée phénoménologique) et que nous identifions globalement comme un ensemble cohérent, une entité autonome : une gestalt. L’objet sonore est avant tout un objet d’observation, l’objet de notre écoute mais d’une écoute réduite, c’est-à-dire qui ne s’attache pas à l’origine du son mais à ses caractères propres : texture, matière, forme, etc.

[5Drône, nom donné à la rumeur des villes. Il est traduisible par le mot bourdon.