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Je suis bercée des échos de Hawa depuis maintenant plus d’une année et je vais au rythme des ces ressacs, d’étonnements en étonnements.Tout d’abord, des questions : Marseille ? Belsunce ? Des artistes ? Un espace, un atelier informatique ? Pour quoi faire ?
Et puis, bientôt un projet se dessine, je lis des textes, je vois des photos et j’entends des enregistrements : ce que je vois, c’est bien plus que la prise en main d’outils techniques.

 

Ce que font les Hawa-ladies, c’est se servir des outils informatiques, photographiques ou audio, pour ce qu’ils sont : des outils, des moyens de.

Alors, je repense à ce qui m’a amené moi-même à « me mettre » aussi bien à l’informatique qu’à la photographie. Je n’avais pas d’intérêt pour ces techniques en tant que telles. Ça ne me rebutait pas, adolescente, tant que je voyais à quoi ça pouvait bien me servir. Ma marotte, à l’époque, était de publier des « fanzines », des publications photocopiées, où je couchais mes points de vue embryonnaires sur la marche du monde, les cauchemars de ce qui nous attendait et les rêves de mondes impossibles.

Ces publications que j’ai pu faire, tout de bric et de broc qu’elles étaient, ont participé à la construction de ma personnalité, ont tracé des pistes et m’ont fait prendre des chemins d’apprentissage inattendus, que ni l’école ni mon environnement direct ne m’avaient jamais ouverts. Et c’est pour cesser de faire ces fanzines à coup de colle et de ciseaux que je me suis assise devant un écran d’ordinateur.

Je n’avais aucune autre raison et j’en avais mille. Comme les Hawa-ladies quand elles se sont mises une à une devant les machines, chargées de leurs histoires respectives. Apprendre l’informatique parce que ça peut toujours servir, pour le boulot, et puis, pour les enfants aussi, pour le futur, tout ça c’est important. De premières motivations qui n’expliquent quand même pas la ténacité, les raisons qui les font venir, régulièrement, travailler leur expression orale et écrite dans cet étrange endroit qu’est la compagnie... Et qui les pousse, toutes ensembles à faire d’Hawa ce qu’elle est aujourd’hui.

Les questions d’apprentissage sont bien sures centrales, car c’est aussi de cela qu’il s’agit, apprendre à écrire, à s’exprimer... Mais Hawa, c’est aussi l’histoire d’un groupe de femmes d’origines sociales et géographiques variées qui se rencontrent, apprennent à se découvrir et échanger ensemble. Dit comme ça on dirait un discours pontifiant sur « l’intégration ». La différence, c’est que Hawa c’est de l’amitié, de l’affect, des tripes, pleins de choses non quantifiables, pas rentables et qui n’ont pas de place dans « les programmes pour les populations défavorisées ». Car Hawa n’est pas pour. Hawa c’est l’Ève qui vient de.

Et je reviens à cette période « fanzines » que j’évoquais auparavant pour enfoncer le clou de mon parallèle : les fanzines sont la presse de ceux qui n’en ont pas, on y lit ce que les supports officiels ne publieront jamais, car il n’y a pas de place dans les gabarits de leurs maquettes. Des propos trop bancals et trop solides, trop petits et bien trop grands. Comme dans Hawa. Avec ici une dimension supplémentaire : avec l’audio et l’image aussi remettre en cause la prééminence de l’écrit comme seule expression d’une pensée structurée, comme seule façon de la communiquer. Savoir l’importance de l’écrit, l’avoir en tête, pour le quotidien déjà, mais trouver aussi d’autres stratégies pour dire ce qu’il y a à dire...

La fougue et les maladresses, la grâce et les imperfections, l’énergie de se raconter, l’ouverture à la connaissance et aux rencontres, les colères épidermiques, la poésie de l’urgence, la beauté du geste. La parole libre, la construction d’un discours, d’une expression, d’une réflexion et son jet, gratuit, à la face du monde. Qui veuille nous lire, nous lise, que les autres passent leur chemin, rien ne nous empêchera maintenant de donner de la voix. Très bien. Alors nous voilà !

- Peggy P. - du collectif melanine.org


Bourse obtenue par l’ambassade de France à Alger, pour des ateliers en partenariat avec le centre "sos femmes en détresse"