[exposition] EQUINOXE - Maxime Chevallier, Arina Essipowitsch

 

 

en partenariat avec l’école supérieure d’art d’Aix en Provence et le 3bisf
du 27 mars au 25 avril 2015
vernissage le 27 mars à 18h
exposition ouverte du mercredi au samedi de 15h à 19h - entrée libre
visites de groupe sur rendez vous

 

Maxime Chevallier et Arina Essipowitsch sont sortis de l’école supérieure d’art d’Aix-en-Provence avec le DNSEP 2014.

L’équinoxe n’est qu’un moment éphémère. Entre la nuit et le jour, c’est un déséquilibre incessant. Mais là, la pente s’inverse, nous allons plus vers le jour que vers la nuit.
Ou vers d’étranges mélanges, d’étranges fictions du temps et de la lumière comme des arrangements pour emplir l’air ?
Chaque détail est pour l’un et l’autre des deux artistes de cette exposition tout le risque d’un atome qui viendrait équilibrer la lumière - et par là, saisir son obscurité.
L’un, Maxime Chevalier est sculpteur, et c’est sa façon d’envisager le dessin, comme l’effet des effets de l’espace.
L’autre, Arina Essipowitsch est plutôt photographe (elle est aussi peintre) ; elle ne cesse de faire tomber la distance des corps pour nous faire toucher la peau du temps.
Cette exposition se fait aussi avec la participation de Victor Hurtel, avec un fragment de texte intime spécialement écrit pour l’occasion : il nous parle d’un certain déséquilibre intérieur, d’une perte de repères, mais aussi du sursaut d’un mouvement. Ce texte très autobiographique fait aussi miroir à ce dont il est question dans les travaux d’Arina et Maxime dont il est proche.

Entre Arina et Maxime, c’est le jour et la nuit, l’ordre et le désordre, l’immobilité contemplative et le mouvement ; mais on ne peut les assigner selon ces polarités qui en fait ne tiennent pas, et sont perpétuellement déboussolées. L’oxymore d’une éclipse est là aussi : la violence d’une rencontre entre des opposés, comme toute rencontre amoureuse.
Dans ces deux œuvres, la solitude rayonne. Mais Arina et Maxime ont une vie commune, d’amitié, de vie. Ils tisseront alors autant de ficelles possibles entre leurs propositions, où surgira le fond commun de cette aventure, des entrecroisements.

Et d’abord celui-ci : Arina photographie Maxime, sous le kaléidoscope coloré des vitraux d’une église, ou lors d’une sieste qu’il fait dans la nature, près d’une falaise.
Les portraits de ses amis et ses autoportraits sont souvent pris dans la peau des vitres et les taches des miroirs. Qui donc, sinon Francesca Woodman ou Nan Goldin, avait donné à l’image son poids d’affect, son ressort désirant, et d’inavouable fantasme de chambre où s’est fait l’amour ? Arina fait vibrer le dehors par la passion des corps dont elle exalte l’instant. L’intimité et la nudité sont la densité d’un temps sentimental fugace, toujours en devenir. Le biographème reste le point central et intraitable, qui pulvérise toute théorie.

Dans les dessins ou les formes déployées de Maxime on ressent une sorte de stase. Il a une attirance pour des lieux comme les églises, pour leur calme. Il ne faudrait pas conclure à un mysticisme ou une tendance contemplative. Il y a des vibrations, des bougés, qu’un tel cadre permet de mieux ressentir, comme les secousses d’un chaos et d’un rythme secret au creux de la matière qu’il va retranscrire - pour s’effrayer ensuite, à en pleurer, des retranscriptions qu’il fait, et qui ont toute la dureté, la teneur et la terreur d’un savoir. Quel séisme de l’inconscient s’est écrit là ? Et avec ces trombones souples qu’il vient de trouver, va-t-il tromboner les images d’Arina ? tromboner l’équinoxe ?

Tous deux ont le même rapport à l’habillage, qui passe par une multiplicité qui pourrait tenir d’Arlequin. Chacun de leur vêtement renvoie à une histoire différente (Maxime), ou à une époque différente (Arina). L’unité de l’être chère à l’ancienne philosophie est réduite à des lambeaux, qui sont autant de fragments vivants.
Tous deux embarquent, avec cette exposition, dans le même voyage immobile, avec l’horizon d’un désir qui les travaille, de ce qui serait une résidence dans un train pour un long voyage, sur le transsibérien par exemple, où ils seraient comme Joan Fontaine et Louis Jourdan dans Lettre d’une inconnue de Max Ophüls.

ARINA ESSIPOWITSCH



Jeu de cartes , vidéo HD sonore, projection au sol, 43’, 2015 ;
Autoportrait à Rustrel photographie projetée, 2015
Autoportrait avec Maxime , tirage sur papier métallisé contrecollé sur dibond, 60cm x 60cm, 2015 ;
Losange (Victor à l’atelier), tirage sur papier métallisé contrecollé sur dibond, 60cm x 60cm, 2015 ; La Vesse , tirage sur papier métallisé contrecollé sur dibond, 60cm x 60cm, 2015 ;

Arina Essipowitsch vient de Biélorussie, et elle parle le russe, l’anglais, le français et l’allemand. C’est déjà un puzzle linguistique fabuleux, qui va être le soubassement d’autant de pièces en mouvement qui ne se raccordent toujours que fragmentairement, épousant le devenir et ses discontinuités avec la richesse de ce qui va vers -, de ce qui voyage dans chaque instant.
Je suis sensible avant-tout à sa série d’autoportraits en noir et blanc, en format 6 X 6. J’y retrouve l’émotion la plus nue, une communication solitaire dans son ouverture intime. Le geste simple surgit sans détour, immédiatement médiat. Nous ébranle parce que, là, l’irréductible du familier est pris dans la peau des vitres ou des miroirs. Qui donc, sinon Francesca Woodman, avait ainsi délimité la clôture subjective, noué le ressort des désirs, d’inavouable fantasme de chambre où tant de fois s’est fait l’amour ?
Aux côtés de ses autoportraits, portraits, noir et blanc, Arina aborde aussi la couleur. En peinture, en photographie, et en se promenant dans des espaces en ruines, des friches, des appartements abandonnés. Ses propres peintures sont mises en scène dans ses photographies. Ou bien c’est le pictural que les photographies de lieux font vibrer. Que la photographie soit peinture, certes ! Mais la peinture s’immisce aussi directement dans la photographie, comme un curieux supplément qui rompt l’unité du réel sur ses bords, ses angles intérieurs.
Par ses jeux de mise en abîme, ce n’est pas tant la dimension baroque qui s’impose, même si certaines scènes qu’elle filme en vidéo dans ces lieux, comme d’étranges passages où ses gestes proposent une relecture des lieux, évoquent l’opéra. C’est toujours plutôt une certaine cascade de l’intime, qui déclenche invisiblement toutes les gammes de correspondances d’une féminité qui s’éprouvent dans sa chair, et dans la peau des lieux qu’elle vient hanter, spectre d’Alice jouant dans les ruines et avec la logique des rêves.

MAXIME CHEVALLIER




Éclipse , 15 assiettes, encre et sable, 20 cm x 3 m, 2015
Vandale, série de négatifs découpés en suspension sur un fil, 2m, 2015
Pansement, argile sur sol, 2015
Vandale (détail)
Les momies ou les formes emballées , trombone, rodoïde, graphite, papier, 6 dessins, 24cm x 32cm, 2015

Notes de Maxime Chevallier

« Tout devient motifs ?
Je suis un motif.
L’homme et le corps comme un matériau de sculpture.

Ces couleurs c’est comme si on les mélangeaient toujours, celles qui nous attirent et nous retiennent quelques instants pour un regard. Un regard de plus au moment où la couleur prend forme en nous.
Puis la main qui déplace ces matières engendre la singularité de l’objet - ou sujet. Là où je veux poser une impermanence.

Il y a cette façon de se poser, de se tenir, debout, tendu, tiré, penché, en équilibre sur le monde.

Je suis moi-même un contenu dans un contenant, installé négligemment dans un espace. Un motif qui a ses propres couleurs et formes, un motif élastique, à la rencontre des autres. Impermanent. Je peux étaler ce motif dans différents cadres, constater que la forme vibre et a cette singularité qui apparaît enfin.

Il faut alors essayer de révéler les contours. Déposer ce poids ou cette matière, mettre en forme les pensées qui s’accumulent et s’effacent à chaque instant.

Tous ces corps, toutes ces interactions, changent d’état toujours et ne nous attendent pas pour exprimer cette impermanence qui nous travaille. J’ai cette entreprise de contempler cette transformation lente, pour peut-être voir apparaître ce hasard qui s’affiche partout, cette friction entre les matières.
Passer, repasser des couches, superposer et effacer, reprendre, appuyer la matière ou le sujet sur le support. Ériger une forme, en déplaçant les frontières de celle-ci, peut-être la creuser, l’informer, traduire ce qui traverse mes mains. Y installer de la mémoire et des histoires, se laisser faire, se maîtriser et se tromper comme tout le monde.

Alors bien-sûr le bras est tendu et la main tremble, il y a cette idée de l’adresse qui me traverse quand la forme s’élève. Le corps penche et la marque sur le mur aussi. Et alors il y a cette perte de contrôle. Quand le temps prend corps et passe, il se remplit avec cette forme qui se découvre d’elle-même.
Chaque geste assujetti au précédent pousse la main à tendre vers l’équilibre dont elle a besoin. C’est comme si il y avait une reconnaissance, une mémoire qui s’y transcrit sans mot uniquement avec des formes. Elle se grave ou s’imprime dans chacune de nos extrémités.

Toutes ces extrémités mettent en forme ce qui n’a pas de mot, plongent dans ces supports pour trouver, rendre visible et donner presque des contours. Les découvrir informes et les rendre statiques un temps.

Finalement c’est cette matière première, celle qu’il y a autour, qu’on remarque. Un contexte qui est arpenté chaque jour avec notre temps et génère ces formes individuelles, ou, enfin, un individu. »
Maxime Chevallier

siteweb

http://essipowitsch.tumblr.com/
http://maxime.chevallier.free.fr/

presse

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