L’histoire n’attend pas. Marcos Avila Forero, Frédérique Lagny

Du jeudi 25 mai au samedi 24 juin 2017

 

 

à l’occasion du Printemps de l’art contemporain 2017 - Marseille Expos
et en partenariat avec le FID-Marseille

vernissage le vendredi 26 mai à 18h à la compagnie

du jeudi 25 mai au samedi 24 juin 2017 
du mercredi au samedi de 15h à 19h entrée libre



 

remerciements : Galerie Dohyang Lee, Mécènes du Sud, Conseil régional Paca, Drac Paca, Ibrahim Traoré

deux films autour de l’exposition : samedi 17 juin, à Vidéodrome2


Le Burkina Faso ou la liberté en mouvement
20h30 Frédérique Lagny, DJAMA MOUROUTI LA, La colère du peuple, 49’, 2016
22h Christophe Cupelin, Capitaine Thomas Sankara, 90’, 2014 (remerciements : Marie Vachette, vendredi distribution)

Extensions de l’histoire des peuples. Avec deux artistes pour qui l’esthétique et le sens des luttes sont inséparables. Marcos Avila Forero transforme la maison de paysans colombiens, trouvaille géniale de réappropriation symbolique des terres, en sténopé photographique qui enregistre le paysage. Frédérique Lagny, quant à elle, témoigne de l’histoire contemporaine du Burkina Faso, de la révolution Sankariste à la chute du régime Compaoré, avec une suite flamboyante de sérigraphies sur les monuments du pays.

Cette proposition fait dialoguer les œuvres de deux artistes qui accompagnent au plus près le politique dans son mouvement de résistance et de révolution.
Tous deux ont un discours engagé auprès de ce qu’ils documentent, et tous deux inventent des formes qui renversent les positions du spectateur. Celui-ci, toujours aveugle à son temps, est en quelque sorte replongé dans sa propre cécité, que ce soit avec la chambre noire de l’histoire chez Marcos Avila Forero, ou la vibration muette des trames noires sur les aplats de couleurs chez Frédérique Lagny. C’est depuis cette obscurité qu’ils écoutent l’histoire qui est là en train de se faire. Ils ne se risquent pas à une esthétisation du politique, ils amplifient l’histoire, proposant à la fois des dispositifs analytiques, et une chambre d’échos et de retentissements au chamboulement du monde.

De la Colombie au Burkina-Faso (pays où 80% de la population est rurale), la question paysanne est centrale dans les œuvres présentes dans l’exposition. Il en découle une fonction particulière du paysage rural (Marcos Avila Forero) ou urbain (Frédérique Lagny) : comme dispositif de vision, il s’ouvre aussitôt à l’espace mental, à l’histoire, au politique.


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Marcos Avila Forero

« Les œuvres de Marcos Avila Forero sont immergées dans la réalité complexe et parfois violente de situations politiques et sociales qu’il restitue non pas comme un observateur impartial, mais en mêlant à son travail les éléments (matériaux, histoires, symboles) qui la constituent. Ses oeuvres portent ainsi l’empreinte d’une rencontre, d’un récit ou d’un parcours. Ce sont des micro-fictions faites de bric et de broc, qui cherchent moins à démontrer ou documenter qu’à confronter des temps et des lieux qui n’auraient pas dû se rencontrer. » • Daria de Beauvais

C’est à partir de la guerilla des paysans en Colombie qui est son pays natal que Marcos déploie une série d’œuvres dont les fabuleux sténopés qui sont présentés ici. Le conflit social, civil et armé en Colombie est lié à l’impossibilité d’une politique agraire viable pour les populations fermières. Depuis la période historique de « La Violencia » et jusqu’à nos jours, la région du haut plateau « cundiboyacense » s’est transformée en l’un des principaux théâtres des protestations.
Un groupe de maisons de familles fermières ont été ou continuent à être des espaces de révolte, de clandestinité. Elles sont transformées en appareils sténopés (chambres noires) dans le but de capter une image photosensible. Chaque maison, transformée en appareil photographique géant, capte à grande échelle les paysages cultivés et les montagnes du haut plateau cundiboyacense. De cette façon sont dévoilées les paysages dans lesquels s’inscrivent ces maisons et leurs histoires. Mais jamais nous ne pourrons percevoir l’intérieur de ces demeures. Chaque maison en tant que telle restera l’espace obscur de l’histoire qu’elle évoque. La photographie devient elle-même la maison vivante de cette histoire, son cœur qui bat, invisible. C’est la vision mentale incarnée du politique, son passage au-dehors dans le monde, tout le fracas de cette transition entre le privé et le collectif où bougent les lignes de pouvoir.
Mais le politique est partout pour Marcos, il n’est pas seulement actif en Colombie, il est aussi bien dans l’histoire chinoise avec une œuvre nouvelle autour de la révolution agraire de Mao Zedong.

Marcos Avila Forero est né en 1983 à Paris, vit et travaille à Bogota et Paris.
http://www.galeriedohyanglee.com/marcos-avila-forero


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Frédérique Lagny

Le travail de Frédérique Lagny s’inscrit dans une démarche menée depuis une dizaine d’années au Burkina Faso en Afrique de l’Ouest. C’est dans un temps long et avec un ensemble de pièces de natures différentes que l’artiste s’attache à dresser le portrait de la société burkinabè.
Fin 2013, Frédérique Lagny rencontre les jeunes activistes burkinabè qui fondent le mouvement du Balai citoyen ; ils puisent leur inspiration dans la rhétorique révolutionnaire de Thomas Sankara qui dirigea le pays du 4 août 1983 au 15 octobre 1987, date de son assassinat.
Les 30 et 31 octobre 2014, alors que le gouvernement tente de passer en force un projet de loi visant à modifier la Constitution et à instaurer un Sénat, une insurrection populaire emporte le régime.

MANIFESTE est un ensemble élargi qui convoque simultanément le récit documentaire, la performance et l’installation – La dernière trompette (en cours). MANIFESTE met en perspective un film – DJAMA MOUROUTI LA, la colère du peuple (2016) dans une série d’échos et de transversalités. La série présentée à la compagnie, Ordre et désordre, se situe à l’intersection entre ces deux réalisations pour s’intéresser aux monuments du Burkina Faso dont les premiers furent construits sous la Révolution (1983-1987), puis sous le régime de Blaise Compaoré (1987-2014) jusqu’à la récente période de transition (2015) qui suivit l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014.
Toute la joie que nous procure le film La colère du peuple (programmé à Vidéodrome2 le 17 juin avec le documentaire Capitaine Thomas Sankara de Christophe Cupelin en seconde partie) est qu’il retrace depuis l’intérieur la création fulgurante du mouvement du Balai citoyen. Avec Ordre et désordre, la série de sérigraphies autour des monuments burkinabè fait d’abord vibrer la couleur et la trame des représentations. Le monument apparaît dans sa structure interne, pour lui-même en quelque sorte, permettant de saisir l’articulation profonde entre le discours politique et l’architecture mémoriale, les raisons précises de son existence et de ses motifs. Une série de douze cartes postales ajoutent des zooms arrières, avec une part de contre-champ qui vient montrer le dessous des cartes. Ce n’est pas seulement une réalité moins glorieuse qui apparaît en contraste de l’éloquence grandiloquente des monuments ; ce sont aussi les traces d’une histoire toute fraiche, de l’actualité des revendications populaires, qui sont rendues lisibles sur les monuments eux-mêmes, transformés d’un événement politique à l’autre soit par le gouvernement, soit par le peuple lui-même (le renversement de la statue de Compaoré par exemple, laisse seule celle de Khadafi…) Les rouages et les strates de l’histoire se répondent, font apparaître les répétitions ou les moments où la liberté l’a emporté dans son éclat.

Frédérique Lagny est née en 1965 à NANCY, elle vit et travaille à Marseille.
http://www.documentsdartistes.org/artistes/lagny