Une voix pour les filles ?

 

 

Cette question posée par une femme de Belsunce sur le forum de mzab-online.com, a permis de débattre de leur visibilité sur le net, et de choisir d’y inventer une place légitime. Cette année la construction d’un site, "Hawa" permettra cette visibilité dans le temps de la construction de notre projet aux2mondes.

 

Un atelier qui s’articule autour du projet aux2mondes
Parler de prise de paroles certes, faut-il encore avoir l’espace et le droit de le faire. Les entretiens avec les hommes de Belsunce ont révélé une aisance, une confiance en l’autre très certainement dues a leur prise de position dans l’espace publique. Aisance que nous n’avons pas tout de suite perçue dans les entretiens avec les femmes. Nous en avons conclus, que l’écriture pouvait être une autre approche lorsque possible, pour certaines qui montraient des réticences à s’exprimer au travers d’entretiens enregistrés. Aucune de ces femmes ne connaissaient Internet et toutes trouvaient désolant de ne pas avoir quelques notions afin de suivre les développements technologiques en milieu scolaire pour leurs enfants.
L’atelier à donc été initié en juillet 2001 basé sur cet échange de savoirs : nous leur offrions un apprentissage basique : découverte d’internet, logiciel de traitement de textes, courrier électronique, elles, écrivaient et répondaient à nos demandes précises sur leurs arrivées en France, les problèmes de réhabilitation, leurs statuts etc...
Une fois l’outil maîtrisé, certaines ont chercher à reprendre contact avec des amis ici, la famille là-bas. Au fur et à mesure, émergeait chez ces femmes un réel désir à se rencontrer régulièrement , renforçant une valorisation collective sur leur possibilité à inventer, à débattre et à se positionner. Ainsi, l’atelier à amené le groupe à comprendre l’enjeu de leur participation.

De cet échange de savoirs, est né : Hawa.
Un an après, ces prises de paroles ont généré chez ces femmes, des positionnements beaucoup plus critiques et ouvert sur leur rôle dans le domaine public, sur leur droits et non-droits, souvent sur les questions politiques du moment, mais toujours sur leur vie de femmes et de mères. Leurs voix résonnaient autrement lorsque les débats leur tenaient à coeur. L’atelier devait lui aussi, se transformer et devenir constructif, porteur de ces changements. La pratique des outils une fois inculquée, il suffisait d’utiliser ces mêmes outils pour ne pas laisser ces paroles sans écoute. Les faire circuler. Les réutiliser. À d’autres de les entendre.
Je leur ai alors proposer de construire un site Internet, outil commun, véhiculant, cette fois ci leur propres préoccupations, indépendamment des nôtres, en élaborant un travail critique sur les contenus, en groupe, ou en séance individuelle. Des intervenants extérieurs faciliteront la maîtrise du langage écrit, du son ou de l’image.
Par le biais d’un logiciel libre SPIP, favorisant une mise à jour simple et régulière, et de part une double interface : une public (celle du site visible et consultable) l’ autre, privée (celle des membres administrateurs du site) nous recréons ici la division de ces deux espaces vécu au quotidien, à la seule exception près : elles ont ici le pouvoir absolu sur les deux
Renversement de situation, virtuelle, certes mais qui permet de se questionner sans retenue, entre autre sur le pouvoir dominant qui se trouve dehors.

futur de l’atelier Hawa : une ouverture sur l’extérieur
Cet outil, une fois mis en ligne, toujours renouvelable de part son contenu, permettra à l’atelier de continuer à vivre, continuer à se questionner, tissant des liens étroits ici ou ailleurs, là ou les mêmes préoccupations surgissent.
Il offrira à d’autres femmes la possibilité de venir participer régulièrement ou ponctuellement, ici à la compagnie, ailleurs en ateliers, et toujours sur le net grâce à un espace de participation ouvert. Les internautes auront la possibilité sur chaque textes de réagir, à nous d’évaluer la pertinence des réactions et de l’inclure ou non dans le projet.
Une recherche cette année de collaborations extérieures, avec des centres d’accueil ou de détention ou des femmes séjournent à court ou long termes en France ou en Algérie. Des ateliers développés en fonction des structures accueillantes prendront tous une forme spécifique face aux besoins et possibilités in situ : travail sur l’image, de soi, de l’autre, de l’ailleurs et d’ici, la mise en valeur et l’importance de sa propre parole ou encore ses écrits, à travers la prise de son, prise d’images, collages et écritures.

Isabelle Massu