Resonancia | Granada

 

 

Graciela Taquini est une artiste vidéo qui vit à Buenos Aires. Elle est aussi historienne de l’art et commissaire d’exposition (art vidéo et multi-média). Elle est notamment l’auteur d’un livre fondamental pour qui s’intéresse à la riche histoire de l’art vidéo en Argentine : Diez anos de video en Buenos Aires (1999). Elle a réalisé des vidéo de fiction, des documents sur l’art et écrit des scénarios. Elle a dirigé vingt-et-une émissions de télévision pour la chaîne ATC sur la vidéo expérimentale. Actuellement, elle est conseillère pour une chaîne publique (Ville Ouverte) qui dépend de la Municipalité de Buenos Aires. Côté création, notons que sa vidéo Le sublime banal a reçu le premier prix du festival vidéo brazil et sera acquise par la Médiathèque Caixa Forum de Barcelone. Sa vidéo Psychoxborges a remporté le premier Prix Expérimental du concours Pavillon IV de Buenos Aires, en 1997.

 

-  Resonancia
installation vidéo de Graciela Taquini (Argentine, 2005)
dans le cadre des 18ème Instants Vidéos


En 2005, Graciela Taquini a été invitée par la commissaire Florencia Battiti comme artiste visuelle pour présenter une œuvre au Musée d’Art et Mémoire de La Plata, à l’occasion de l’exposition Qui étaient-ils ? sur les droits de l’homme.
Resonancia sera cette œuvre, réalisée à partir du vidéo-témoignage, d’Andrea Fasani, son ancienne élève à l’Ecole Nationale de Céramique en 1979, enregistré en 1999 pour Archive Argentine Witness.
Les mots de ce témoignage constituent l’axe du scénario. Taquini a invité l’artiste Ricardo Pons pour l’image et le montage. La consigne était d’enregistrer le visage d’Andréa et de lui faire répéter, avec Taquini comme souffleur, ses propres phrases en rapport avec le souvenir.
« Cette froide nuit de l’hiver 1979, la police est entrée dans un local où j’écoutais de la musique. Et ils ont pris mon amie parce que sa carte d’identité était abîmée. Je savais que l’année précédente, peu après la Coupe du Monde 78, elle avait été en prison, torturée, disparue..., mais elle avait réussi à se sauver.
À ce moment-là, j’ai ressenti l’horreur en courant derrière le car de la police, essayant de savoir où elle se trouvait. Moi qui n’avais jamais milité, j’ai imaginé que, si on l’enfermait encore une fois, j’allais devenir une Mère de la Plaza de Mayo.
Le lendemain, on l’a libérée. Je n’oublierai jamais cette nuit-là. »
Cette vidéo installation, sur les labyrinthes de la mémoire, a été possible grâce à l’appui des artistes suivants : Andrea Fasani, Ricardo Pons, Gabriela Larrañaga, Joaquin Fargas, à la confiance de la commissaire Florencia Battiti, à l’initiative du Musé d’Art et Mémoire de La Plata.

-  Granada
installation vidéo de Graciela Taquini (Argentine, 2005)
Images et montage, Ricardo Pons. D’après un vidéo-témoignage de l’artiste Andrea Fasani.
Granada fait écho à Resonancia. Cette œuvre procède de la déconstruction d’un récit, d’un témoignage. Cette mise à distance, cette mise en scène, est une invitation à mener nous-mêmes une réflexion sur la liberté et la sujétion, sur la distance qui sépare une réalité de sa représentation. Que peut l’art ? Que peuvent nos outils électroniques sophistiqués pour surmonter cet obstacle ?
« J’ai été séquestrée / Torturée / J’ai été en captivité / Au “Banco”
à l’intersection du Pont 12 et la Richieri
Libérée après 45 jours / Si je ne me trompe pas / Je n’oublierai jamais
Je me rappelle que
J’ai oublié beaucoup de choses, le jour exacte où l’on m’a enlevée
Ça je m’en souviens
J’ai perdu la notion du jour et de l’heure. Je n’en avais pas notion
Ah j’avais oublié quelque chose !
Des images, des sons, des odeurs, des textures, des marches, des discours me viennent à l’esprit
Maintenant je m’en souviens / Toutes ces choses-là sont restées enregistrées dans ma mémoire
Il y a des choses que je n’oublierai jamais
J’en ai oublié beaucoup / J’ai oublié des noms, le nom de ma copine de « tube »
Je n’ai jamais voulu retourner là où j’avais été, jamais
C’était l’enfer de Dante
Ils chantaient Granada / Ils théâtralisaient des tortures / C’était démentiel
Je ne pouvais pas croire à quel point je commençais à m’habituer
Cette horrible habitude »