Réflexion commune

 

 

Et si on laissait un temps uniquement pour la parole, pour faire retentir nos paroles avec d’autres paroles, des textes, des auteurs, avec vous, autour d’une proposition, d’une œuvre, d’une exposition, d’une pratique ... Des rendez-vous tout au long de l’année.

 

De janvier à juillet 2006, il y a eu quatres premiers sortie de discours : sur l’installation Soit dit en passant , sur la diffusion radiophonique café verre , sur les installations sonores de Dominique Petitgand (conférence et discussion), sur D’un seuil à l’autre (une installation dans un foyer Sonacotra) de Martine Derain et Dalila Mahdjoub. Chaque fois les artistes et le public étaient là, et les échanges ont été l’occasion de suivre des démarches, de préciser des orientations, de sentir des subjectivités en devenir, entre doutes et intuitions, questionnements et recherches, écoutes et sauts en avant.

La prochaine Sortie de discours : sur Play In C de Cécile Guigny.
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Les rendez-vous

La compagnie est un atelier d’artistes ; c’est aussi un lieu de réflexion.
Chaque projet est discuté, ou saisi sur le vif, dans un engagement immédiat : de l’art à la pensée et à l’impensé, de la pratique à la théorie, tout un pan de notre travail quotidien se fait avec des mots écrits ou parlés, mais aussi avec des non-dits ou des mots non-écrits. Et si on laissait un temps uniquement pour la parole, pour ses caprices, pour sa précision tranchante, son dentelé, pour laisser résonner nos paroles avec d’autres paroles, avec des textes, des auteurs ? Prendre le temps de déplier, de déployer à loisir, dans leur envergure, des concepts clefs auxquels nous avons affaire dans telle circonstance, par rapport à tel ou tel projet.

A la compagnie, nous sommes parfois d’insupportables causeurs, et nos prises de becs sont le témoignage le plus éloquent de nos passions, ou de nos impossibilités, de nos refus de dire, ou encore des nœuds enfouis. Nous avons des parti-pris, une radicalité, un questionnement art-social-poétique-politique. Qu’en est-il de notre chemin sur ce terrain, de l’articulation de nos projets les uns avec les autres, du contexte dans lequel nous nous inscrivons ?

La parole familière, théorique, fouisseuse, dérisoire, pointue, ou nébuleuse, n’est-elle pas l’envers redoutable de l’art, en ce que l’art peut nous convaincre qu’il l’a enfin fait taire alors que ces effets nous parviennent, tôt ou tard, comme une modification, un ébranlement de nos paroles, c’est-à-dire comme des paroles nouvelles ?

Il s’agit d’abord de cela : d’un espace de réflexion élargi où chacun à la compagnie invite d’autres personnes pour avoir d’autres retours, d’autres points de vue, à partir d’une proposition initiale.
L’idée est de poser 20 à 30 chaises, puis de commencer le débat, la conférence, la lecture, la discussion...


« Sortie de discours » ou les effets des Manifestes de Thierry Kuntzel sur notre pratique

Le nom de ce rendez-vous « Sortie de discours » est emprunté à une installation de Thierry Kuntzel qui s’appelle Manifestes. Il a fait cette pièce dans un moment de colère où il voulait vraiment perdre le discours, celui qui parle de façon pompeuse dans les colloques au nom du savoir, celui qui contrôle l’art, qui se revendique unique, qui prend le pouvoir. Comment s’en sortir ? Comment sortir de ce discours qui nous empoisonne ? Urgence donc, urgence vitale, urgence de sortir du discours, urgence d’un acte.
Ce discours dont on veut sortir, c’est à la fois un lieu enflammé et l’obscurité au fond de laquelle notre seul repère, notre seul secours, c’est ce texte lumineux, qui nous dit qu’il faut sortir du discours, et qui nous enjoint simultanément à courir dehors là dans cette direction, à dis-courir. Dis-cours brisé.

Le discours ainsi élancé, sorti, brisé, devient un acte, celui qui répond à la question de départ : comment s’en sortir ?
Le secours dit est peut-être le seul et unique vrai secours, à condition toutefois d’être sorti du discours, pour aussitôt y revenir. Au moment où on sort du discours, c’est le discours qui sort. Ce texte écrit au-dessus d’une porte désigne l’espace qu’il surplombe comme cet abîme effroyable où le pire arrive, c’est un texte qui est fait pour répondre au danger et le dépasser, pour marquer la frontière au-delà de laquelle on peut y échapper.

J’en appelle à cette dimension salutaire du discours avec ce rendez-vous, si près d’une béance entre le dit et le non-dit qui n’est pas près d’apparaître ailleurs que dans le discours et sa sortie.

Paul-Emmanuel Odin

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