Questions de regard. Un projet de Yto Barrada, Anaïs Masson et Maxence Rifflet

 

 

Deux expositions issues d’une série d’ateliers photographiques
menés par Yto Barrada, Anaïs Masson et Maxence Rifflet
avec des jeunes de Darna à Tanger et de Jeunes errants à Marseille durant l’année 2002.

 

Trois photographes, Yto Barrada, Anaïs Masson et Maxence Rifflet mènent depuis mars 2001 une série d’ateliers photographiques avec des adolescents des associations Darna à Tanger et Jeunes errants à Marseille. À partir de l’idée de faire émerger et d’échanger les représentations des uns et des autres, notamment à travers leurs photographies de la ville et des lieux qu’ils ont choisis, le projet de chaque groupe s’est précisé. À Marseille, pris dans l’idéalisation de la ville, il s’est resserré autour de récits d’immigration clandestine, racontés entre soi ou adressés à ceux de Tanger, et des photographies d’objets du quotidien ou rêvés. À Tanger, le travail s’est construit à travers leurs regards singuliers sur l’état de la ville et son évolution, révélant peut-être que la ville n’est pas un décor. À chaque atelier, les images et les textes de l’autre groupe étaient présents. L’exposition Photographier un morceau de pain présente, tour à tour dans chaque ville, l’état de ce travail parallèle.

à propos du titre "Photographier un Morceau de pain"

Hicham el Houadi, à Tanger, a photographié une baguette de pain faite dans son atelier boulangerie à Darna. Plus tard, à Marseille, Mourad L. a associé cette image à une expression marocaine. Celle-ci, dont la traduction litérale est "Photographier un morceau de pain", trouve son équivalent français dans l’expression "Gagner sa croûte".

Extraits
"Au Canada, il y a de la neige. Ils m’ont envoyé une photo avec des Indiens. Le Canada m’a fasciné et j’aurais voulu ne voyager que vers ce pays pour visiter ces paysages couverts de neige. Mais lorsque je suis venu en France, j’y suis resté jusqu’à ce que je parte en Italie. (...) Ils croient que je suis riche pour la seule raison que je leur ai dit ’ça va’. Et si je veux rentrer, je dois acheter un cadeau à ma mère comme si je travaillais dans la société que papa m’a laissée à Marseille. Moi, quand je dis ça va, je dis que ma santé va bien."
Discussion avec Saïd S., Marseille, mai 2001

"Sous le ciment, il y a la mer. (...) Avant, on descendait directement à la mer. On écrasait les bidons, on montait dessus et on se mettait à glisser d’une traite, jamais à pied. Maintenant nous devons traverser les égouts à ciel ouvert pour y aller. En plus, le deuxième quartier nous sépare de la mer."
Discussion avec Ottman Zouaoudi et Abdenour El Filali, Tanger, juin 2001

Othman : L’exposition doit être comme une maison hippie, il faut que tout soit éparpillé, que ce soit confortable et que les gens puissent entrer et toucher à plein de choses.
Abdelghani : Si tout est tordu, les gens vont tout comprendre de travers, il faut que ce qu’on a à dire soit compréhensible.
Yto : Il faut que ce soit accueillant comme Othman dit et clair comme Abdelghani dit.
Adil : Moi je trouve que vous êtes à côté de la plaque, parce que faire une exposition dans cet endroit là où il faut entrer avec une cravate, c’est pas bien, il faut trouver un autre endroit.
Yto : Lequel ?
Adil : La rue. Une impasse. Une impasse où les gens rentrent et soient coincés. Ils seraient obligés de regarder ce qu’on a fait.

Partipants des ateliers
yassine hassani, abdelnour el filali, khaled bouharat, leïla alilou, lhassen rouni, zouhir mizou , mourad bharouz,omar chaouri, lamiah haroun, rachid akhrif, othman zouaoudi, hicham el houadi, oussama boughaba, tarek el hichou, omar youssoufi, adil mechkour, hamed castet, yassine jbilou, mohamed ajbar, othman sihab, abdelghani bouziane, à Tanger.
mourad l., othman b., yassine t., saïd m., abdulah o., saïd c., youssef s., hamid c., rushdi b., farid r., fatahdine h., sofian n., hamid l., karim k. à Marseille.

Questions de regard
est un collectif d’artistes (cinéastes et photographes) désireux d’interroger des situations d’urgence sociale et politique en proposant à des groupes de personnes (dans le cadre d’associations ou d’institutions) un travail d’ateliers audiovisuels / cinématographiques ou photographiques.
Depuis 1999, Questions de regard a mis en place trois projets d’ateliers, dont le point commun est une pratique artistique avec deux groupes de personnes étrangers l’un à l’autre, choisis dans un lien symbolique, et dont la rencontre se matérialise à travers le travail lui-même (film commun, échange d’images, de textes...). Ces activités menées par deux ou trois artistes sur une durée d’environ un an donnent lieu à la création d’une œuvre (film, exposition, publication) dont la diffusion élargit le travail à la cité.
questionsderegard@hotmail.com

Jeunes errants

Marseille, France. Association s’adressant à des jeunes mineurs clandestins.

Darna
Tanger, Maroc. Association reconnue d’utilité publique, refuge et centre de formation pour des adolescents à la rue ou du quartier.

Sur deux années, Mathilde Mignon et Sylvie Berrier, cinéastes, ont travaillé avec des adolescents incarcérés au Centre des Jeunes Détenus à Fleury-Mérogis en lien avec, en 1999, une classe d’un collège du 19 ème arrondissement, et en 2000, une classe d’un lycée technique parisien du 6ème arrondissement. Ces deux projets ont abouti à la réalisation commune d’un film par les deux groupes, dans un travail qui a pris la forme d’un atelier vidéo.

Ce projet a donné lieu à un livre :
Yto Barrada, Anaïs Masson, Maxence Rifflet, Fais un fils et jette-le à la mer / Une expérience d’ateliers photographiques avec des adolescents des associations Jeunes errants (Marseille) et Darna (Tanger) - récit et montage , Paris, Sujet/Objet, 2004 ; bilingue français-arabe, 160 pages, 88 images.
Le livre est une sorte de palimdrome qui permet une lecture en français de gauche à droite, et une autre lecture en arabe de droite à gauche (la 1ère de couverture arabe est la 4è de couverture française). Les deux lectures se croisent au coeur d’un entretien mené avec un adolescent marocain venu clandestinement à Marseille, sur les raisons de son départ et sa vie présente. Présentation ici de quelques doubles pages.
VOIR ICI


Projet de l’association Questions de regard financé ou soutenu par : la Fondation Européenne de la Culture, l’Ambassade de France à Rabat, l’Institut Français de Tanger-Tétouan, l’Agence de Développement du Nord du Maroc, la Caisse des Dépôts et Consignations, le Fond d’Action et de Soutien pour l’Intégration et la Lutte contre les Discriminations, la Direction Régionale des Affaires Culturelles Provence Alpes Côte d’Azur, le Ministère de la Justice, le Ministère de la Jeunesse et des Sports, le Conseil Régional Provence Alpes Côte d’Azur, la Ville de Marseille, le Conseil Général des Bouches du Rhône, les sociétés Agfa France et Komaroc (Kodak au Maroc), les associations La Compagnie et Atelier de Visu.