Numéro un de la revue l’intraitable : on ne vit qu’une fois.

 

 

Ce presque tout en image est le résultat d’une étude visuelle menée en 2006, où Vincent Bonnet a formalisé quelques principes de la valeur d’exposition, dans un contexte d’économie de quartier, à Belsunce — espace traditionnel de la migration du centre-ville de Marseille.

 

Comme manifeste à cette étude, Vincent Bonnet pose la question du désir de voir ce qui ne cesse de nous regarder et qui semble trop aller de soi : au « Tu veux regarder ? Et bien, vois cela » répond un « Cela a été enregistré ? Et bien, je dois le regarder ». Même et surtout quand « cela » est pénible, intolérable ou carrément invisible.

Prenant pour point de départ les pratiques d’économies informelles qui s’exposent à Belsunce, sur les marchés Bernard du Bois et de la porte d’Aix, il a enregistré des images négociées d’objets exposés, en dévoilant les différents états qu’ils prennent, de leur production à leur consommation et destruction.

La valeur ne porte pas écrit sur le front ce qu’elle est. Elle fait plutôt de chaque produit du travail et du non-travail des signes. Cette étude visuelle cherche à déchiffrer les sens de ces signes, à pénétrer les secrets de l’œuvre sociale à laquelle l’humain contribue consciemment ou non. Et cette transformation des objets et des corps en valeurs est un produit de la société, tout aussi bien que le langage.

Vincent Bonnet crée le rendu singulier d’une visibilité, dans cet entre-deux du temps où des situations apparaissent avant qu’elles ne disparaissent, par des images les plus littérales possibles, dont l’économie est le principe d’exposition. Ces photographies sont travaillées primairement dans un recentrement et un resserage des espaces et des situations, dans une indiscernabilité entre l’approche documentaire et celle d’une construction mise-en-scène. Ces visions relèvent de deux modèles architecturaux : le plan (regarder par terre) et l’élévation (la frontalité d’un face à soi).

Quatre grandes lignes interfèrent et traversent la publication : une ligne des objets se déploie du produit au détritus, de la contrefaçon à l’œuvre d’art ; une ligne des espaces s’inscrit entre le projet urbain spéculatif et la propriété privée, du sol commun au mur séparateur ; une ligne du vivant se refigure en fragments et simulacres comme autant d’absence de l’humain tout en révélant une présence animale ; et une ligne de figures de l’argent se dresse du fond comme l’ultime butée provisoire et problématique de toutes ces autres lignes.
La publication est un réenchaînement et un montage de ces images, travaillés par des chocs, des intervalles et des distances, jouant autant le jeu de la relation que du non-rapport. L’hétérogénéité des propositions photographiques amorce la possibilité à la fois d’une écriture et d’une ouverture, qui commence à se formuler en ces quelques mots dans l’insert de la publication : il se peut que croire en cette vie, en ce monde soit devenu notre tâche la plus difficile, celle d’un mode d’existence à découvrir...

28 enregistrements photographiques (avec cinq intertitres) de Vincent Bonnet dont une photographie d’une page d’écritures de Laure Maternati, extraite de son carnet rien.

Format fermé : 170x220 mm | Format ouvert : 340x220 mm | Impression : quadrichormie | Reliure : Piqué à cheval | 28 pages |
ISSN : 1953-0641 | Prix : 10 €


Sommaire des titres de travail des images :

  • Double pli (500 euros)
  • L’image mise à nue (informations ville de marseille voir au dos)
  • L’enfer des riches
  • Table océan
  • La voie lactée
  • Signal (Opération d’Intérêt National)
  • Matières de la propriété
  • Une histoire naturelle
  • Boss, communication locale
  • Croisés de la grande distribution
  • La peau
  • L’espèce humaine
  • Poussée
  • La communauté
  • Empire
  • "Cul de rat mort suspendu au plafond du ciel"
  • Argent liquide (2 x 5 euros)
  • Marlboro / Légend, à l’unité
  • Boy Usa
  • Les ambassadeurs
  • Pendu (après la lessive)
  • Vivre
  • Père & fils
  • La monnaie vivante
  • La main trouée
  • Rien (la respiration l’oubli...)
  • Bite et bottes
  • Europe, carte monètaire (11 x 1 euro)