Natalie Bookchin, l’intruse

 

 

Savoir " jouer à qui perd gagne" : l’Intruse est une forme hybride mêlant
jeux vidéos et littérature. Adaptation expérimentale et bilingue d’une
courte histoire de l’écrivain Jorge Luis Borges, le projet veut se rendre
accessible à tout public, familier ou non des jeux vidéos, connaissant ou
pas les écrits de Borges - mais aussi au public de l’art contemporain et du
cinéma expérimental.

 

Natalie Bookchin

réside à Los Angeles, elle y enseigne les nouveaux médias,
Cette invitation nous a semblé pertinente : il n’y a pas meilleure introduction aux nouvelles technologies et à leurs multiples possibilités de création et de diffusion,
qu’à travers l’expérience du jeu dans un lieu ouvert à tous… Une rencontre
publique a eu lieu : la conférence de Natalie Bookchin traitait du jeu
qu’elle a créé, L’Intruse, basé sur une nouvelle de Borgès, de sa pratique
et de son travail lors de son séjour à Barcelone, où elle a obtenu une résidence pour
le développement de L’Intruse par le MECAD/Media Center for Art and Design.
Elle a également présenté ses projets à l’école d’art d’Aix-en-Provence :
net.net.net, réseau de net.art et activisme. L’intruse a été rendue
accessible : cinq ordinateurs ont été connectés, le lieu ouvert au public
sur une période d’une semaine. Une version française à été réalisée lors de cette rencontre. Natalie a organisé à la Compagnie,
pour un groupe d’adolescents de Belsunce, un atelier sur 3
journées : analyse de jeux, conception et réalisations de storyboards,
présentation d’autres jeux créés par des artistes sur le net et par des
adolescents à partir de moteurs de jeux existants…

Note de l’artiste, août 2000
Savoir " jouer à qui perd gagne" : l’Intruse est une forme hybride mêlant
jeux vidéos et littérature. Adaptation expérimentale et bilingue d’une
courte histoire de l’écrivain Jorge Luis Borges, le projet veut se rendre
accessible à tout public, familier ou non des jeux vidéos, connaissant ou
pas les écrits de Borges - mais aussi au public de l’art contemporain et du
cinéma expérimental. L’histoire est racontée en dix séquences empruntant des
images et des structures de jeux vidéos classiques et imaginaires.
L’Intruse, c’est cette femme qui se prend au jeu d’un triangle amoureux
entre deux hommes, et qui doit absolument être éliminée pour restaurer leur
entente. Le joueur peut avancer à travers le récit seulement en jouant - en
tirant, en se battant - le joueur ne marque pas de points, il "gagne" un
morceau de l’histoire racontée en voix off. […] De jeu en jeu, le
participant doit passer de la position subjective du personnage masculin à
celle du personnage féminin et prendre tour à tour le rôle de l’agresseur ou
de l’agressé, il est donc impliqué des deux côtés de l’histoire. L’Intruse
corrompt régulièrement la trame narrative des jeux vidéos - personne n’en
est le héros, personne ne doit "sauver le monde", le joueur doit
régulièrement perdre pour découvrir la suite de l’histoire […]
L’environnement séquentiel présente aussi un récit parallèle à l’histoire
des ordinateurs et des jeux vidéos. L’Intruse commence avec l’un des
premiers logiciels de jeu, et finit avec un jeu de guerre moins nostalgique,
plus alarmant où le personnage principal est présenté dans un environment de
plus en plus abstrait - un "war game scenario" avec une vue aérienne d’un
paysage et d’une cible, environnement qui - comme les vrais jeux de guerre
maintenant représentés sur les écrans d’ordinateurs à la fois créent de la
distance mais renforcent la violence.