Le livre : talet el ghorba l l’exil a duré

 

 

un travail de recherche, de rencontres et d’entretiens autour de scopitones maghrébins, mené par Johanne Larrouzé : présentation publique le samedi 7 juin à 19h

 

Dans les hauts-fourneaux,
Sur les chemins de fer
Jusqu’à des heures tardives je travaillais
Les jours passent,
Combien de temps me reste t-il encore ?

Salah Sadaoui, Mel ghorba barkani

SCOPITONE du grec [scopein] qui veut dire regarder et [tonos], tonalité. Machines placées dans les bars dans les années 60-70. Par extension, nom donné aux films
contenus dans la machine.

De 1963 à 1980, 250 bars fréquentés par des immigrés ont été équipés de scopitones, juke-box à images. Ces machines diffusaient de petits films musicaux produits et réalisés par une équipe française qui mettaient en scène des chanteurs du Maghreb et du Machrek. La particularité de ces films se situe dans la juxtaposition de chants et d’images porteurs de sens parfois antagonistes. Leur dimension commerciale ne peut en aucun cas effacer leur valeur et au-delà de la volonté des uns ou des autres apparaît un témoignage unique sur la situation des travailleurs immigrés dans les année 70 et 80, sur un regard français posé alors sur eux.

Lors d’une projection, Johanne Larrouzé a découvert en 2001 l’existence de ces scopitones maghrébins. L’image d’un homme vêtu d’un costume cravate, chantant en arabe au milieu de grues sur un chantier l’a pendant longtemps troublée. Il s’agissait de Mohamed Mazouni dans le scopitone Clichy.

Des recherches, menées avec David Bouvard, ont permis de découvrir plus d’une centaine de films en format 8 mm. Ils ont été identifiés et les paroles des chansons ont été traduites avec l’aide d’habitants du quartier Belsunce. Nombre d’entre eux connaissaient par cœur, ces images, ces chanteurs et les paroles des chansons. Certaines personnes ont alors raconté des histoires en contrepoint des films : le départ de leur pays, leur arrivée en France, leur condition de travail, la vie dans des chambres d’hôtel ou dans les foyers, l’absence des siens, le manque, la souffrance : l’exil. Il a été aussi question de musiques, de mots, des images particulièrement évocatrices et des problèmes de réprésentations portés par les films : le rapport à l’argent, à l’acool, à la sexualité, le corps de la femme, les situations de travail, le voyage, la solitude, l’exil, l’amour et le choc culturel.

Le livre L’exil a duré propose une écriture à plusieurs voix, où l’expérience migratoire est en quelque sorte démystifiée. A travers l’analyse affective de ces films, les travailleurs de cette époque (et leurs descendants) se réapproprient leur histoire, niée par les représentations dominantes (entre fantasme exotique et stigmatisation culturelle).

Le livre se compose de trois parties :

Ce qui m’arrête propose en vis-à-vis des extraits de paroles de chansons et une descritpion des images du scopitone.

Impressions est une transcription de paroles produites lors de visionnages de scopitones.

Conversation autour des scopitones est une écriture polyphonique, prenant pour point de départ ces scopitones et ce qu’ils véhiculent, pour aborder ce que vivaient les travailleurs immigrés sur le territoire français à cette époque et ce qu’ils vivent aujourd’hui - sachant que l’exil a duré.

Extrait du livre :

Celui qui part
est toujours un traître
et c’est pour ça qu’aujourd’hui par exemple
les sans-papiers se retrouvent exactement dans la même situation
qu’il y a trente ans avec l’immigration
celui qui part
n’est jamais le même
que celui qui revient
quand on part
on quitte les autres
on est un traître
les sans -papiers
se retouvent dans la même situation
ils ne peuvent pas revenir avec du fric
là-bas
donc ils préfèrent se clochardiser
ici
comme dans l’émigration
il y a longtemps
les gens préféraient se clochardiser
que de revenir
parce qu’il perdaient complètement la face
quoi
tu es parti
tu es revenu
les mains dans les poches


Chanteurs et chansons abordées dans le livre :

Fatima Soukharassia : La carte de résidence
Mohamed Mazouni : Adieu la france, Ouild el ghorba (L’enfant de l’exil), Chérie Madame, Clichy
Salah Sadaoui : Mel ghorba barkami, Soukardji
Dahmane el Harrachi : Ya Rayah
El Ghalia : Rouah rouah
Noura : Ya rabi sidi (Mon Dieu, seigneur)
Rabah Driassa : Talet el ghorba (L’exil a duré), Yal houta
Slimane Azem : Rester ou s’en aller
Mangala fille des Indes
Tiri bia

Un livre den français avec des extraits des paroles des chansons en arabe

Production : D.R.A.C. P.A.C.A./F.A.S.I.L.D. et le Conseil Général 13

Graphisme : Didier Illouz

Une manifestation publique, au titre éponyme Talet el Ghorba, a été organisée à la compagnie, en automne 2003.

Format fermé : 140x210 mm | Impression : Quadrichormie | Reliure : 119 pages- Dos carré collé |
ISBN : 978-2-9507298-4-2 | Prix : 15 €