Laurent de Richemond, Paroles d’insectes

 

 

Cette proposition est la performance n°3 du cycle Tout doit disparaître, entre théâtre, danse, art plastique et cinéma. Les visiteurs se déplaceront avec une lampe de poche dans un espace parlant, dans une rumeur incessante, pour découvrir une grotte originelle où le langage devient corps, temps organique.

 

les dimanches 1 et 8 octobre 2006 en continu de 14h à 21h
entrée libre / sortie libre


Sortie de discours jeudi 12 octobre à 18h30 :
un temps de rencontre et de discussion entre le public et toute l’équipe de Paroles d’insectes, retours des impressions successives, digressions, mise en perspectives, invectives, vociférations...


Tout doit disparaître # 3
Paroles d’insectes
Conception : Laurent de Richemond

une performance pour 14 parleurs et 30 gardiens
matière textuelle : Arno Calleja
travail vidéo : Nicolas Martin
travail scénographique : Guillaume Amiard et Zeynep Perinçek

Programmation Festival DanseM 2006
à l’issue d’une résidence de recherche à La Compagnie
Coproduction Soleil Vert / La Compagnie / L’Officina



on parle pas on boucle on pense pas on répète on parle pas on écoute on écoute la boucle qui tourne en nous on fait le tour et boucle la parole à son trou on boucle le trajet de parole à la bouche d’où il sort on macère dans une matière qui vit de nous une matière de pensée qui vit de nous qui est une matière qui parle pour nous et elle se boucl’à nous et elle tourne en nous et c’est pourquoi on est rond et c’est comme ça qu’on commence on commence en rond et quand ça tourne bien c’est qu’on commence à parler et qu’on commence à macérer dans une matière parlante une boule tourne et c’est nous on est dedans
Arno Calleja


Après La Vitrine, Les iguanes millénaires, Paroles d’insectes refait exister une collectivité d’étrangers sous un éclairage différent. On les voit moins, mais on les entend plus. Les corps sont moins mêlés, mais les paroles s’entrelacent. Ils ne nous font plus face de manière frontale, mais on circule à travers eux dans un espace où une lumière rare éclaire partiellement les corps. Ils nous apparaissent par à coups furtifs, surpris par des flashs. Nous visitons ce lieu de vie clandestine comme des spéléologues pénétrant pour la première fois dans une grotte qui révèle à la simple lumière d’une lampe frontale des fragments morcelés de peintures ancestrales.

Paroles d’insectes se présente comme un marathon de Parleurs tout au long d’une journée (7 heures d’affilées), dans un espace investi et envahi par et pour la parole. Parole en boucle, obsessionnelle et aliénante. Une parole vivant malgré soi, dont on ne peut sortir.

Pour cette performance n°3 du cycle Tout doit disparaître, Laurent de Richemond a fait appel à une jaculation nouvelle, celle du poète Arno Calleja, auteur de la matière textuelle :

« Pour Paroles d’insectes, je veux que mon texte pompe lentement le corps des parleurs, dans le temps. C’est de la mise à l’épreuve du temps, du temps comme élasticité, que pourra se libérer le cadre d’une expérience, l’expérience du langage comme spirale, une spirale chorale, qui prendrait tout l’espace ; une spirale de pensée, vivante, vivable, non asphyxiante ... » Arno Calleja

Les Parleurs donnent corps à leur parole. Tels des insectes, ils parlent comme ils mangent, se nourrissant de mots. Ils ont toujours parlé, ils parleront toujours. Ils n’ont rien à nous dire, ils parlent pour eux-mêmes, où plutôt quelque chose parle en eux. Ils parlent du fond des âges, ils parlent aux temps lointains, ceux du passé, ceux de demain, et vivent le présent comme un espace de résonance éternelle. Le corps intime et solitaire de ces paroles étranges, écrit le corps collectif et culturel d’une langue étrangère.

Dans cet espace, il s’agit de venir écouter. Écouter des corps parlants : les Parleurs.
Les Parleurs sont des danseurs car tout ici est une histoire du corps.
Cet espace est régi par des lois cycliques et organiques qui le font respirer entre paroles, musique et silence. Du silence naît la parole, la parole fait jaillir la musique et la musique se meurt dans le silence...

La projection au sol d’une horloge en mouvement (projetée depuis le plafond), déterminera le centre de l’espace.



crédit photographique : Francis de Richemond