La peau

 

 

la compagnie, rend hommage à Thierry KUNTZEL en présentant
sa dernière œuvre.
exposition du 10 octobre au 7 novembre 2009
vernissage le 9 octobre à partir de 18h
ouvert du mercredi au samedi de 15h à 19h
nocturne les mercredis jusqu’à 21h
visite accompagnée pour les groupes sur rendez-vous par téléphone 04 91 90 04 26 ou par mail : accueil-public@la-compagnie.org

 

Cette exposition a été réalisé en partenariat avec les Instants Vidéos, et grâce à l’aimable autorisation du MAC/VAL.
L’événement La peau a reçu le soutien de la DRAC PACA et de Marseille Provence 2013.
Remerciement à Sud Side.



INTRODUCTION

La compagnie avait déjà eu le bonheur de montrer The Waves en 2004, et Thierry Kuntzel nous avait également présenté en direct Nostos avec émotion.

L’exposition The Waves a été la plus populaire de toute l’histoire de la compagnie. Sa simplicité et l’effrayante intimité ludique de son interpassivité (bien plus redoutable que l’interactivité technique qu’elle utilise pourtant) avait conquis enfants, femmes et hommes de tous ages, pour une expérience esthétique sublime, que peu d’œuvres du XXème siècle nous ont procuré.

Thierry Kuntzel est mort le 18 avril 2007 à l’âge de cinquante neuf ans.
La peau est l’une de ses deux dernières installations (avec le Gilles, 2007, en hommage à Watteau, présenté dans les caves Pommery dans l’exposition organisée par Daniel Buren). Elle devait être suivie par une installation sur le sang. Elle était précédée par une installation sur les larmes (Abandon (ne me quitte pas),1997).
Nous lui faisons un hommage en présentant cette œuvre où s’écrit sa disparition, inscrivant sa peau parmi d’autres peaux, inscrivant le manque que sa disparition a ouvert.


DESCRIPTIF

Le film projeté propose un paysage panoramique de peaux, créé à partir de photographies de parties de corps non identifiables (dos, bras...), retraitées numériquement pour produire un enchaînement continu, sans intervalle. La durée totale du passage de la boucle est de 45 minutes et 36 secondes.

Contrairement à toutes les autres œuvres de Thierry Kuntzel, La peau exhibe sa machinerie, sa machine, ses entrailles ouvertes.
Posée au milieu de l’espace, comment ne pas sentir la motivation secrète, évidente, de ce parti-pris, où quelque chose dans la machine fait ce sujet immobile et moteur, pour faire sortir une subjectivité sans sujet.
Le projecteur PhotoMobile, tel est le nom de l’étrange machine, est un prototype conçu par Gérard Harlay, dans le cadre de sa société DIAP’, à l’occasion de l’exposition « Les bons génies de la vie domestique », au Centre Georges-Pompidou en octobre 2000. Ce prototype de machine de cinéma, le photomobile, bouclant un film 70mm, permet de projeter sur une surface plane ou incurvée une image qui défile horizontalement, très lentement et en continu sur une base de cinq à sept mètres environ, avec une qualité cinématographique optimale.


ÉVÉNEMENT AUTOUR DE LA PEAU

le 10/10 à 19h30 rencontre avec Raymond BELLOUR :
Le cinéma de Thierry KUNTZEL

le 17/10 à 19h30 rencontre avec Corinne CASTEL autour des installations de Thierry KUNTZEL

le 22/10 à 19h30 projection de Nostos, Buena Vista

le 29/10 à 19h30 projection de Echolalia, Time Smoking a Picture

le 05/11 à 19h30 projection Still, La peinture cubiste (coréalisation Philippe GRANDRIEUX)

LA PEAU

« Peau. n.f., d’abord pel (1080) puis peau (1150) est issu du latin pellis « peau d’animal, fourrure, peau tannée, cuir » et aussi parchemin (...). Pellis appartient probablement à la même famille que le grec pelma « plante du pied », l’anglo-saxon filmen « peau, pellicule ».

Le Robert, dictionnaire historique de la langue française.
 
Que saurait-on ajouter à ce qui visiblement s’assemble dans la langue : cuir, parchemin, pellicule - peau ?
 
Peut-être ce condensé : makimono, rouleau mobile de signes immobiles, volume déplié (volumen), loin du feuilletage, page après page (codex).
 
Il en sera donc de la peau comme d’un paysage roulé, déroulé : ces surfaces lisses, accidents, particularités (grains de beauté, taches de rousseur, pigmentation, cicatrices, bleus, traces anciennes, rides), paysage lunaire, jamais vu - sauf dans la proximité de l’amour, d’un trop réel (halluciné).
 
Pour qui a vu Eté - ambiguïté d’un corps dans un espace - ou Hiver - surface ou sous-face -, c’est ici un être, sans référence extérieure (hors-cadre), ni pli-dépli : apparition.
 
Sans doute mon dernier hommage (dommage) au cinéma, au film. Lent défilement de la pellicule (où s’est perdue la notion de photogramme), appareil de projection visible dans l’espace (avec une torsion légère, l’horizontale a remplacé la verticale, absence de projectionniste, boucle machinique) pour donner lieu à une grande image.
Peau-pellicule : qui saura si sur l’écran ce sont accidents épidermiques (cicatrices, pigmentation..) ou de la matière-film (altération, poussière, rayure...), représenté ou représentant ?
Fin et début et fin d’une « invention sans avenir » Lumière.
Zone indécidable : immobile-mobile-immobile ? De la peau-pellicule glisse, apparaît, disparaît, fait retour à l’identique. Peut-être encore : lissé sans être lisse, mise à plat avec l’ombre d’un relief.
 
 
Zénon, cruel Zénon. »
Thierry KUNTZEL
projet écrit en 2006

Voir aussi : article du Journal sous-officiel