LÂCHER DE FAUVES : ANDRÉ FORTINO, avec la participation de Hadrien Bels

 

 

Vernissage et performance d’André Fortino le mardi 22 octobre 2013 à partir de 18h
du 24 octobre 2013 au 23 novembre 2013 du jeudi au samedi de 15h à 19h
accueil de groupes sur rendez-vous, entrée libre

 

http://www.andrefortino.com/

Le lieu de création La compagnie présente pour la première fois à Marseille le diptyque vidéo : Hotel Dieu / Les Paradis Sauvages.
André Fortino est originaire de Marseille. Ce diptyque, récemment présenté à l’IAC (à l’occasion de la Biennale de Lyon) avec les deux images vidéo côte à côte, est ici présenté avec les deux images face à face. Car il faut que la singularité explosive du plan séquence d’Hôtel Dieu vibre de toutes ses forces dans son geste simple, irrépétable, d’où peut retentir alors le second volet qui lui répond (Les Paradis Sauvages). Il y aura, plus tard, un troisième volet (en cours de réalisation).


C’est dans Hôtel Dieu que Fortino s’empare, pour la première fois, du cochon comme animal iconoclaste, en se masquant avec une tête de cochon en plastique. Ce personnage reviendra dans ses peintures et quelques performances.
L’improvisation sauvage de la vidéo Hôtel Dieu est le point culminant de cette pantomime animale. C’est un geste irrépétable, primitif, féroce, sensuel. D’une fraîcheur inouïe. D’une puissance émotionnelle hypnotique.
C’est une déambulation agitée de soubresauts précis : Fortino déclenche la plus grande colère poétique pour mettre en pièces le destin tragique d’un établissement public abandonné depuis plusieurs années, et voué à devenir un hôtel international 5 étoiles. À l’acte de mort programmé de cette privatisation, Fortino oppose donc sa fougue créatrice qui passe à chaque instant par les relations incongrues que son corps entretient acrobatiquement avec l’espace et les objets.
C’est aussi un ultime adieu à ce lieu et à la vanité post-politique de l’histoire. Désespoir rock, obscénité dérisoire, joie pataphysique.

La seconde vidéo (Les Paradis sauvages) a été faite en rejouant chaque scène d’Hôtel Dieu.
Mais cette fois Fortino est démasqué. Chaque scène initiale a un double synchronisé, décentré dans une pluralité de lieux que plus rien ne relie logiquement. Secondarité où le masque est désormais celui de la répétition et de sa fiction.
Parfois, dehors, il n’est plus seul - les autres, ne sont-ils pas pourtant des sortes de marionnettes qu’il traîne, qu’il rejette, qu’il invective, alors que gronde avec ostentation un corps qui fait signe, qui se montre, qui se met en scène avec défi pour approcher la rage et le secret du désir ?
Le désir éclate partout, généreusement, par-delà les impossibles : qu’il s’agisse de l’amitié (André Fortino s’entoure souvent de nombreux comparses), de l’amour (extrait de la vidéo 866 Féroce : des hommes lancent des pierres sur un frigo pour démolir les sentiments “froids”), de la complicité avec son père (le rituel de la vidéo Traits d’union où ils se partagent des lignes de cocaïne), ou d’un projet en cours avec son frère.

Le dyptique présenté ici engloutit toutes les aberrations et frappe d’un geste un seul. Quel film est finalement la reprise, le commentaire, la prolongation de l’autre ? Les tortillages charnels les plus inventifs rebondissent d’un écran à l’autre. La tornade provocante propre à l’univers de Fortino rejoint aussi un réseau d’émotions enfermées dans un cri muet, celui qui sourd par exemple lorsqu’il souffle au milieu de la neige sur un ponton hamlétien, de façon grotesque, dans ce cotillon, sans-gêne ou langue de belle-mère.

Paul-Emmanuel Odin

crédit photo page accueil : Hadrien Bels

- L’édition André Fortino (avec un long texte critique de Paul-Emmanuel Odin) est parue en 2015 : elle est diffusée aux Presses du réel icihttp://www.lespressesdureel.com/ouv...

voir aussi, publié à l’occasion de Actoral 2013 : revue IF n°38

André Fortino expose aussi le diptyque sous une autre présentation à l’IAC de Villeurbanne du 10 septembre au 10 novembre 2013

Projet labellisé MP2013.

Ecouter le podcast Lâchers de Fauves sur Radio Grenouille