L’IMPOSSIBLE

 

 

Quelques rendez-vous pour présenter divers aspects de la recherche artistique de Paul-Emmanuel Odin : un essai sur Gary Hill et Maurice Blanchot, l’installation L’oubli, en passant par les performances sur l’emploi de l’envers du temps au cinéma.

 


- jeudi 7 février à 19h15
présentation de l’essai monographique de P.E. Odin
L’absence de livre [ Gary Hill et Maurice Blanchot - Écriture, vidéo ] édition la compagnie


- vendredi 8 février à 19h15 projection L’oubli de P.E. Odin et performance amour augmenté, étude de Fabrice Métais


- jeudi 14 février à 19h15 performances sur l’envers du temps au cinéma, Lumière, Dreyer : Démolition de l’endroit, Le temps maudit (J. Bidot, A.-C. Goustiaux, P.E. Odin)


- samedi 16 février à 19h15
projection L’oubli de P.E. Odin et performance amour augmenté, étude de Fabrice Métais


- samedi 23 février et jeudi 28 à 19h15 performances sur l’envers du temps au cinéma, Lumière, Dreyer : Démolition de l’endroit, Le temps maudit (J. Bidot, A.-C. Goustiaux, P.E. Odin)


- soirées portes ouvertes les 15 ; 22 ; 29 février de 19 à 21h


L’oubli [1]

Dans l’intimité de l’oubli, une chambre, un homme et une femme : le désir scintille dans l’écart entre une demande, et l’instant qui ne cesse pas. Entre vidéo et photographie, un travail sur les béances intuitives du temps, sur la mémoire dissoute, sur l’indestructibilité du désir. Le traitement vidéo en direct est conçu de telle sorte que l’image sur le deuxième écran est sensible comme le film d’un appareil photographique au diaphragme ouvert sur un décor dans l’obscurité : l’image se compose au fur et à mesure que les personnages éclairent à la lampe de poche. Réminiscences de la peinture. Les corps ne sont parfois que des masques ou des écrans, qui creusent le temps, où ils se consument. Tout ce tableau, cette scène, où l’unité de temps et d’espace est solidifiée de la façon la plus tenue, toutes ces images, ces figures, ne seront apparues qu’entre l’écran noir du commencement, et l’écran blanc final - en somme, et sans que l’on s’en aperçoive, depuis le début, tout part dans le blanc.
L’écran de gauche présente l’image réelle de la chambre où a lieu l’action, la scène de ménage métaphysique.
L’écran de droite présente la même image, filtrée continûment par le programme de rémanence de la lumière, du temps.
Entre les deux côtés, comme deux côtés du même temps, l’absence et la présence s’échangent, de telle sorte qu’on assiste à ce processus :
faire l’image, c’est aussitôt la défaire.

amour augmenté, étude

une performance de Fabrice Métais

"ce que je peux toucher"


DEUX PERFORMANCES

conception, réalisation sonore et visuelle : P.E. Odin

Deux approches poético-théoriques de l’inversion temporelle telle qu’elle trouble une vue Lumière ou le Vampyr de Dreyer.
Pourquoi cette nécessité de la performance, alors que le texte critique et poétique semble se suffire à lui-même, ou que le documentaire de création est la voie à laquelle ce type de recherche est voué ? N’est-ce pas précisément pour montrer que l’envers du temps n’est pas propre à la représentation, mais s’insère là à chaque instant de notre vie, dans notre temps familier que la performance peut enfin écouter jusque dans son antinomie fondamentale ? N’avais-je pas envie aussi de travailler sur le souvenir de cinéma, sur son évocation sensible, tout autant que sur une réflexion théorique qui, en fait, et évidemment, n’a jamais pu se constituer que sur le fondement d’un certain désir, d’un plaisir, avec lequel elle reste toujours en contact ?
Il s’agissait aussi de proposer à des acteurs de travailler du côté d’une représentation qui ne soit pas théâtrale, et de les mettre sur cette limite où l’art et la réflexion communiquent, dialoguent, à l’intérieur de cette forme si vaste, si ouverte, de la performance, dont paradoxalement on s’approche le plus ici en pensant sa fermeture - c’est l’inscription définitive, univoque, du temps, qui ne se soutient pas même de la fiction, qu’elle mettrait en jeu, pour ce sentiment de perte qu’elle donne, qu’elle offre à notre désarroi.

Démolition de l’endroit

(à propos de la Vue Lumière Démolition d’un mur), avec Jonathan Bidot

Aussitôt inventé, le cinématographe semble excéder le projet de saisir la vie sur le vif, en temps « réel » : dès les premières projections, on réserve, pour finir en apothéose la séance, deux films que l’on montre à l’endroit puis à l’envers. Mais l’envers, quelle issue invivable offre-t-il au nouvel homme ainsi convoqué dans ce détournement du temps ? Quel avenir impossible a eu l’envers du temps depuis le cinématographe ?

Le temps maudit

(à partir du Vampyr de Dreyer), avec Anne-Claude Goustiaux

Tout le film est happé par une indécision fondamentale, comme si la morsure vampirique s’était introduite d’abord dans le corps du temps. La conscience est le temps moral, et nous sommes suspendus à un crime du temps. La séquence inversée de Vampyr pointe quelque chose comme l’irréversibilité du temps de la projection, tout un processus morbide de la représentation (l’Envers, ici, c’est le Mal). L’ombre du temps qui creuse son tombeau s’insère comme l’horloge du temps tragique.


[1L’oubli
- conception, réalisation : P.E. Odin
- programme informatique : Fabrice Métais
- image : David Lasnier
- son : Cécile Guigny
- avec Jonathan Bidot, Marianne Houspie, Laurent de Richemond
- durée : 25 minutes