Florence Pazzottu

 

 

La compagnie est heureuse d’accueillir Florence Pazzottu en résidence du 15 juin au 15 décembre 2010. A cette occasion quatre temps publics ponctuent les mois d’octobre à décembre :
- une lecture vendredi 15 octobre à 19h
- une performance avec Giney Ayme vendredi 5 novembre en partenariat avec Grains de lumière et les Instants Vidéo
- la projection de La place du sujet de Florence P. samedi 6 novembre à 20h en partenariat avec les Instants Vidéo
- une lecture jeudi 2 décembre à 19h
Vous pourrez aussi découvrir jusqu’au 6 novembre ses Encres et gribouillis lors des moments publics ou sur rendez-vous.

 

UNE RESIDENCE D’ECRITURE

Florence Pazzottu est déjà venue lire ses textes à la compagnie pendant l’événement Les cailloux n’ont pas d’envers. Sa lecture nous avait plus que conquis, elle nous avait emporté dans un mouvement où la grâce et la conscience précise du réel s’affrontent avec une légèreté et une intransigeance rares.
Florence Pazzottu est en résidence d’écriture à la compagnie grâce au soutien du Conseil Général des Bouches-du-Rhone.

Une résidence d’écriture à la compagnie ? Oui, et c’est la première fois. Nous sommes un atelier d’artistes plasticiens, et l’écriture contemporaine compte pour nous, pour notre pratique quotidienne. L’écriture de Florence Pazzottu se risque particulièrement à un endroit qui enfonce dans le réel une part de circonvolutions où s’emmêlent et se démêlent simultanément les nœuds qui font nos relations politiques et amoureuses. Florence Pazzottu écrit ce qu’elle appelle des poèmes circonstanciels. Elle va non seulement écrire pour elle, mais elle va aussi s’immerger dans cette vie quotidienne de la compagnie, dans le projet sur la place des hommes.

La résidence est un temps de création pour l’auteur.
C’est aussi une durée pendant laquelle se greffent des rencontres professionnelles (lectures et performances ici).
C’est aussi pour la structure l’occasion de partager une pratique avec le public lors des ateliers.
Florence Pazzottu est poète. Elle dessine aussi. Elle a fait son premier film (auquel participe Alain Badiou). Comment se tissent les relations entre cette écriture qui est la sienne, crépitements et vrombissements qui nous saisissent, nous secouent intérieurement, et ses dessins, ses images ? C’est à partir de ce questionnement que l’exposition de Florence Pazzottu souhaite se déployer, comme un laboratoire en cours - où de jour en jour, s’ajouteront, se modifieront les éléments, textes et images, au gré des réflexions et de l’humeur de l’auteur.

BIOGRAPHIE

Florence Pazzottu vit à Marseille. Elle a fondé avec Christiane Veschambre à Paris, la revue Petite (1995-2005), qu’elle a également animée avec Thierry Trani puis avec Isabelle Garron. Elle est membre du comité de rédaction de la revue Action poétique. Elle a à son actif plusieurs publications en revues ou en anthologies et de nombreuses lectures publiques.
Dix livres sont déjà parus, dont l’Inadéquat (le lancer crée le dé) chez Flammarion dans la collection « poésie » dirigée par Yves di Manno, en 2005 ; Place du sujet (avec des photographies de Giney Ayme) chez l’Amourier et Sator... dans la collection « Donc » créée par Bernard Noël, en 2007 ; la Tête de l’Homme au Seuil, dans la collection « Déplacements » créée par François Bon, et S’il tranche chez Inventaire/Invention en 2008. L’espace blanc paru en mai 2009 dans la collection « Chantiers navals » de la Maison de la poésie de Nantes. Plusieurs de ses livres sont accompagnés de dessins ou de gribouillis, qui ont aussi fait l’objet d’expositions à la galerie de l’IME « les Grands-Laviers » en Picardie et à Saint-Jacques de Compostelle, et d’une publication en micro-édition par Emilio Arauxo, qui a également traduit en galicien plusieurs de ses poèmes et publié deux autres carnets : Enton, et Nino o caos nin a fonte estinada.
Son récit la Tête de l’Homme a été mis en scène par François Rodinson au CDN la Manufacture de Nancy en janvier 2009, et a été joué à la Maison de la poésie de Paris du 3 mars au 4 avril 2010.

ENCRES ET GRIBOUILLIS

Mes premiers gribouillis, à l’encre de chine et à la plume,
ont accompagné ma découverte de la Divine Comédie de
Dante. J’étais alors étudiante en théâtre et je rêvais de mettre
en scène la Vita Nova (!) Me ferai-je comprendre si je dis que
je me cherchais une scène, un espace ? C’est un corps, même,
que je cherchais, sauvé de la dissolution, une surface. Je
nomme parfois cette naissance : "ma pensée peau". En
attendant, je dessinais les cercles de l’enfer, mais je crois qu’en fait
tout a commencé avec deux mots : Vita Nova. J’avais 20
ans. J’écrivais des poèmes que j’ai ensuite appelés "poèmes
d’avant-naissance". Certains dessins cheminaient avec des
poèmes, d’autres étaient dans le prolongement du geste
qu’avait initié en moi la découverte de la Divine comédie. Mes
gribouillis ont ensuite souvent changé, mais est demeurée la
forêt. Je m’y promène quelquefois. C’était surtout très fort les
premières années : mes dessins étaient très petits, des miniatures
(à l’exception de 10 grands dessins qui ont accompagné
l’écriture en 1986 de mon récit "Sator...", publié reccemment
grâce à Bernard Noël.) ; mais je m’y promenais en rêve - c’était
quelque chose d’intense et de joyeux. Je suis maladroite, et
quand j’étais petite, en Angleterre (où j’écrivis, justement, lors
d’un deuxième séjour, à 13 ans, un poème sur l’enfer), on
m’avait donné le surnom de Camality Jane et il m’était resté
longtemps. Je ne sais pas éplucher une pomme ni tenir
correctement un stylo. Mais lorsque j’ai découvert, à 20 ans,
l’encre de chine et la plume, j’ai découvert aussi une autre main,
que je ne me connaissais pas, une écriture qui m’était très
intime mais qui n’était pas "la mienne". Mes gribouillis d’ailleurs
sont aussi de l’écriture. Mais ils gardent une fidélité à ce geste
inaugural, une scène initiale, presque primitive, ou bien ils sont
eux-mêmes, toujours recommencé, ce minuscule geste, ce
lancer, cette re-création d’espace à partir de quoi sans doute
peut s’oser, se penser, cette déflagration - poème.