Empreintes culinaires | pain et chocolat

atelier de femmes

 

 

Atelier intergénérationnel créé par Emilie Lasmartres et Maila Gracia pour des femmes et leurs enfants.

mercredi 27 janvier, le jeudi 4 et 11 février 2010 de 9h-12h 14h-17h
Présentation et dégustation samedi 13 mars 2010 à 15h

 


TEXTE EN CHANTIER

"Voici une image de masque et de main en pain, à titre d’exemple de ce qui peut se faire avec ce fabuleux matériau qu’est le pain.

En ce qui concerne le fond de l’idée qui motive une telle démarche, je dirais qu’elle s’inscrit à mi-chemin entre la transsubstantiation et l’anthropophagie du soi en tant qu’acte d’amour ultime pour cette occasion.

L’image de soi en pain me paraît être un moyen de jeter un pont entre le temps réel et le temps imaginé, celui sur lequel la mort et les mots n’ont pas de prise.
Dans un monde où la vie vaut une croûte de pain, et où même notre propre nourriture semble morte dans nos bouches, que reste-t-il de la fantastique opération de transformation du vivant ? Contrôlée, calibrée, brimée, et maintenant, stérilisée. Nous sommes ce qui nous entoure, nous sommes ce que nous mangeons, aussi élevées que soient nos pensées, tout commence en bas, dans la graine qui s’ouvre dans le sol, qui laisse l’humus et l’eau rentrer, qui accueille la lumière et l’air pour parachever la recette de la vie. Le grain s’allonge et délaisse sa gangue pour une tige gracile, diaphane, à peine visible, aussi courte et intense qu’un soupir d’aisance. 
Puis le vent amène sa faux, après avoir bien regardé la tige qui préparait un nouveau grain, et par le feu, pousse le grain vers le pétrin de la civilisation, qui rejoue avec ses instruments la partition du laboratoire des éléments.
Par le feu et la main, le grain s’est fondu dans les autres grains, et valse dans la pâte lisse et musquée, entre les doigts du musicien.
Que joue-t-il ?
Il joue sa vie de grain parmi les autres grains, se regardant prêt à fondre dans la pâte dense, à fumer dans l’air du matin mauve, à lâcher un appel bien réel, l’appel du ventre.
C’est dans le grain que le chant du monde est contenu, et il y a bien des manières de le relâcher à l’air libre.
Cela n’a rien de magique ou de mystique, il suffit de regarder le pain pour le comprendre. Lui donner la même forme que le grain n’est pas une surprise ; c’est ainsi qu’il cuit le mieux et qu’il relie le mieux le grain-terre au grain-homme.
Cette histoire est celle que j’ai entendue en écoutant le pain cuire, et je n’y ai entendu ni nom particulier ni pays précis. Tous les pays font cuire leur grain à eux.
Ici, nous somme sur la terre du blé, et tous les gens qui s’y réveillent sentent son grain cuire le matin.
Tous les gens qui s’y réveillent s’y sentent cuire à mesure que les courses du soleil se succèdent.
C’est la même course du grain au pétrin que celle des hommes au pétrin."
 Maila Gracia