"DRÔLES DE DAMES" MARITZA FUENTES | MAILA GRACIA | AMANDINE PROVOST

jeudi 16 octobre | 19h

 

 

Elles ont toutes les trois un lien avec l’Amérique du Sud.
Sans doute ont-elles des démarches très différentes, sans doute y a-t-il des liens évidents ou secrets entre ce qu’elles font.
Chacune présentera une recherche en cours, un projet, ou une œuvre, pour que l’on ait un bout de leur travail, de ce qu’elles ont envie de partager publiquement le temps d’une soirée.
Ce sera la soirée Drôles de dames, où elles aborderont parfois des choses qui sont loin d’être drôles. Ce qui est sûr c’est qu’elles ont du caractère, et que l’humour glisse toujours en dessous de tout, comme la dimension même de la vie.

 

Maritza Fuentes
est accueillie régulièrement à la compagnie dans le cadre de son projet Cartographie de l’oubli
plus d’infos ici
On ne se souvient pas, on réécrit la mémoire, comme on réécrit l’histoire.
Sans Soleil, de Chris Marker

Avoir des racines, est peut-être, le besoin le plus important
et le moins reconnue de l’être humain.
Simone Weil

Partant d’une expérience d’exil et déracinement, "Cartographie de l’oubli" est la chronique d’un voyage de retour au pays.
Après presque 20 ans d’exil en France, je retourne vivre à mon pays, le Pérou. Ayant toujours en tête les images de violence politique et de crise économique des années 1990s, j’explore le Pérou d’aujourd’hui, à commencer par Lima, ma ville, en pleine fièvre de construction immobilière et de consommation effrénée. Je me retrouve dans une ville en croissance qui semble « regarder toujours devant ». Je me surprends de l’oubli généralisé face aux temps des années 1980s et 1990s, une période qui laissa un pays ravagé et des dizaines de milliers de morts.

Le film suit la trajectoire des retrouvailles et rencontres, où je confronte ma mémoire à celles des autres, une question en tête : comment s’est construit cet oubli ?

Dans ma quête de mémoire à Lima je redécouvre des lieux, et je trouve des traces, l ‘une en relation avec mon père, récemment disparu, d’autres plutôt associées à la violence au temps de mon départ. Images et sons d’archive réactivent les mémoires, résonnent au présent et déclenchent des récits individuels sur un passé commun. Les retrouvailles avec des anciens amis et la rencontre avec Lalo, archéologue légiste chargé d’exhumer les corps des gens autrefois assassinées par le Sentier Lumineux ou par les forces de l’Etat, me mènent à poursuivre mon enquête à Ayacucho, dans les Andes péruviennes. C’est là où je découvre des strates d’un passé qui ne se résigne pas à disparaître, mais qui au contraire, ressurgit sans cesse pour révéler et questionner le présent.


Maila Gracia www.mailagracia.com

« S’abreuvant à des sources culturelles aussi liées qu’opposées (origines en Amérique Latine, Suisse, Italie et France ; enfance sur l’île de la Réunion), la voie artistique que j’emprunte est celle d’une tentative de synthèse entre des couples d’opposés, enclins à se rencontrer sur un point d’équilibre précaire et parfois tonitruant.
Cette tentative se rapproche d’une quête éperdue du principe immuable à l’oeuvre derrière les métamorphoses permanentes du monde et de l’existence, de l’identité et de ses frasques, de la particule singulière au tissu collectif.
Que faire d’une petite histoire pleine de trous tournoyant dans une grande Histoire tout aussi lacunaire ? Cela s’invente, se compose, on tente de trouver des racines qui ne se voient pas, on cherche une légitimité à ce mystérieux sentiment du "chez soi sur Terre". On se compose sa petite épopée singulière, audible dans les déglutitions des grands chants du monde, on se félicite d’être à contre-temps, on désespère d’être aussi dissonant.
Entre la Pensée Sauvage et le Discours de la Méthode il doit bien avoir une île.
Ainsi, l’apparente protéiformité de l’ensemble de mon travail ne vise qu’à débusquer une aire de repos, une percée hors du temps et de la géographie. Masques, vrais-faux fragments d’une archéologie du quotidien, performances photographiées et textes indirectement liés à l’image, vidéos hypnotiques ou documentaires incapables de se remplir leur fonction, toutes ces expériences plastiques apparemment vécues par des personnages différents ne sont qu’autant de témoignages d’une même quête des liens noués entre la Nature et cette créature humaine : la Culture.

Les créatures naturelles se reproduisent, c’est là le gage de leur continuité, qu’elles aient conscience ou non de leur condition. Les créations humaines ont besoin de leurs créateurs pour se maintenir, et de l’Histoire pour leur survivre.
Ainsi, ce voyage en Colombie a suivi les fils de cette réflexion le long des sentiers de l’eau, gardienne et véhicule de millions d’histoires coulées les unes sur les autres, celles de l’humanité, et du rôle majeur qu’elle y joue.
Sentiers pavés par les mains d’ancêtres millénaires en Colombie, au coeur du Macizo Colombiano, situé dans le Cauca et berceau des principaux fleuves du pays ou traces rectilignes des canalisations modernes de la France des années 50 à Saint-Michel l’Observatoire, la relation des Hommes avec l’eau se lit sur le territoire, et s’efface sous des armées de branchages.

Les documents présentés à l’occasion de cette rencontre du 16 Octobre (projection de photos et de vidéos) parlent d’un projet traquant une disparition contre laquelle luttent vainement les Hommes, et qui est touchante de ténacité et d’inutilité.
Ce n’est pas à la poussière que nous retourneront, mais aux gouttes qui perlent sur les fronts d’humains vieux de milliers d’années qui n’ont que des anecdotes à laisser sur les pages de l’univers. »


Amandine Provost www.amandineprovost.com
Son champ de réflexions s’ouvre à des préoccupations liées à la collecte et l’archivage sonore dans une culture contemporaine et auditive des arts plastiques. L’intérêt de cette investigation s’applique plus spécifiquement à la manière dont l’artiste s’engage face à l’industrie des médias. Chacun de ses projets artistiques se base sur les notions fondamentales de « lien » et de « public ».
« Je cherche à impliquer l’Autre dans un processus qui l’amène à expérimenter et à construire son propre « réel » : sa propre relation à l’espace et au son. Ce qui m’intéresse, c’est cette frontière qu’il y a entre un message pour la communauté rapporté au particulier, c’est pourquoi j’entretiens une relation dialectique entre eux, alimentées par une pensée sur la vie urbaine. »
Elle est issue d’un master recherches en Arts-Plastiques (université de Rennes) et d’un DNSEP (Ecole Supérieur d’Art d’Aix-en-Provence).

Pour ce temps de rencontre à La Compagnie elle reviendra sur sa pratique de la marche sonore et de la cartographie, qui peuvent s’avérer similaires à certains gestes des artistes Maritza Fuentes et Maïla Gracia, par le biais de notions telles que "voyage" et "mémoire". Son intervention s’élaborera au fur et à mesure de ses expérimentations ultérieures : prise de sons, soundwalk, cyclosound (streams), avec quelques ancrages historiques furtifs.