DALILA MAHDJOUB - AURÉLIEN DAVID [La maison, le monde] + une saison d’ateliers de pratiques artistiques

 

 

vernissage le vendredi 13 juin à 18h
rencontre-projection à 19h avec les artistes et les participants des ateliers

du samedi 14 juin au 28 juin ou 5 juillet 2014
du jeudi au samedi de 15h à 19h - entrée libre

Dalila Mahdjoub - La maison le monde, installation
Aurélien David - Vanishing People 2, installation

LA SAISON 2013-2014 DES ATELIERS DE CRÉATION À LA COMPAGNIE SERA PRÉSENTÉE PENDANT L’EXPOSITION

• Fabrice Césario : Circuit Bending 1 + 2
partenaires : Contact Club, AMPTA (du 27 juin au 4 juillet seulement)
• Nathalie Hofmann : Ma maison en mouvement
partenaires : CCO et Adelies
• Ahmed El Shaer et Isabelle Arvers : Machinima
partenaires : Adelies, Contact Club
• Elizabeth Saintjalmes et Mathilde Monfreux : Mitsi
partenaires : CCO, CIERES, Ecole de la seconde chance (groupe Etaps)
• Aurélien David : photographies à la chlorophylle
partenaires : CCO, CIERES, Ecole de la seconde chance
• Collectif jeunes de la compagnie : réalisations de l’atelier provisoire
• Stephanos Mangriotis - Un autre journal ?
Production : collectif Dekadrage (www.dekadrage.org)
Financement : ARS-paca et AP HM. 

 

« LA MAISON, LE MONDE » : L’’installation-atelier de Dalila Mahdjoub vient donner son nom à cette exposition. Quelle autre expression est aussi vaste, d’une telle immensité, pour dire que l’intérieur et l’extérieur communiquent ? Le monde est-il tout entier déjà là dans la maison, dans l’espace familier ? Le monde est-il une maison infinie, où l’on serait partout chez soi ? Au nom de quoi refuse-t-on à certains de se sentir et d’être légitimement chez soi ? Là, à l’entrée de la compagnie, une structure en échaffaudage est suspendue, avec une grande toile blanche où est projetée une image-toit, une image-ciel, une image-démolition. Les pieds de la structure ne repose pas sur le sol mais sur le plafond, comme si on avait une maison inversée. L’espace se divise, se construit et se rêve, se pense, en une cascade d’effets.
Dalila Mahdjoub installe une cabane en tissus, patchwork d’étiquettes made in qui intègre également un monument à son père, immigré algérien ouvrier chez Peugeot. Cette maison déplacée de chez elle au lieu d’exposition, est aussi un atelier permanent où l’artiste pourra, avec le public, coudre, parler, réfléchir à l’histoire et au politique.
Aurélien David présente des photographies de businessmen dans une pièce noire, protégées de la lumière : ces images, tirées avec la technique de la chlorophylle, sont vouées à s’effacer au contact de la lumière, tout comme les feuilles des arbres perdent leur couleur à l’automne. Une lumière s’éclaire brièvement, à intervalles aléatoires. La nature-monde reprend ses droits sur l’image.
La maison et le monde est aussi le titre d’un film de Satyajit Ray de 1984 (inspiré du roman de Rabîndranâth Tagore, où il est question de politique et de sentiments) ; il faut encore évoquer le nom du recueil des textes de Serge Daney paru post-mortem chez P.O.L.-Trafic, La maison cinéma et le monde.

1 • DALILA MAHDJOUB - LA MAISON, LE MONDE [installation]

L’œuvre de Dalila Mahdjoub refuse la facilité. Des fils sont très nettement tirés d’un côté autour de la place de la femme dans le monde arabe, et de l’autre autour de l’histoire de l’immigration saisie à partir de l’histoire de son père, ouvrier algérien chez Peugeot. Ces deux aspects sont indubitablement présents et centraux. Mais aussitôt, les mots de féminisme ou de communautarisme qui s’associent naturellement à ces problématiques doivent être dépassés. Car l’engagement de Dalila Mahdjoub implique une dimension politique bien plus complexe, plus nuancée et plus radicale. Son installation La maison, le monde renvoie à son atelier permanent, chez elle, dans la cuisine familiale. C’est de là qu’elle relie les rapports d’exploitations qui croisent aussi bien la dimension du genre et de la femme que les rapports de domination entre les nations qui s’expriment plus particulièrement dans l’industrie, automobile ou textile. La structure au plafond où est projetée l’image de démolition du HLM de son enfance est un renversement architectural absolu, avec une image vidéo qui a la délicatesse sombre ou l’audace déconstructive que l’on retrouve ailleurs chez Caroline Duchatelet ou Anne-Valérie Gasc. Nous vivons dans un monde inversé. Les tissus de la cabane qu’elle installe dans le lieu de création La compagnie sont faits principalement d’étiquettes de vêtements où elle met graphiquement en avant les noms des pays nommés après la mention MADE IN… Nébuleuse de noms qui dessine une cartographie kaléidoscopique des pays de productions textiles. C’est aussi un monument à la mémoire du père. La finesse des formes créées par Dalila contiennent à la fois un charme inouï et une colère urgente ; cela fait retour sur le réel, au plus près de nous, et contact précis avec le lointain.

Dalila Mahdjoub délocalise son atelier-maison à la compagnie. C’est un temps pour peindre, coudre, repasser, coffrer, dessiner, partager… Une table, deux chaises, une machine à coudre, …

Notes de l’artiste :
« Le sol sera réalisé à partir de cartons made in … récupérés chez les commerçants du quartier Belsunce.
L’espace de l’atelier sera délimité par des rideaux réalisés à partir d’étiquettes made in … codes-barres, antivols, rideaux-serpillères, rideau-drap, rideau-linceul, rideau-torchon, bouts de tissu… deviennent supports des noeuds dans l’histoire de ma famille...
Le temps sera l’occasion aussi d’amorcer une « tentative d’épuisement d’une plaque funéraire » (matériau béton)…
Il y aura aussi l’image vidéo ralentie, silencieuse d’un nuage de fumée issue de la destruction du HLM où j’ai grandi avec ma famille. Le silence sera perturbé par une séquence sonore : "on est chez nous !"
Au travers de cette idée de la maison, c’est le fil du « chez soi » que je tire et que je tente de questionner avec pour matière de fond notre histoire familiale. »

Dalila Mahdjoub

Dalila Mahdjoub s’était fait remarqué sur ses collaborations avec Martine Derain : les tickets de bus sur la ligne Jérusalem-Ramallah, une œuvre passant de main en main, passe-partout qui renvoient aux blocages frontaliers permanents subis par les palestiniens (En Palestine, il n’y a pas de petites résistances, 1998-1999 ; Une vie simple, D’un seuil à l’autre) ; elle a contribué au n°6 des Récits d’hospitalité, Zone arrière-portuaire (ed. commune, 2012), en exposant cette recherche qu’elle fait avec les étiquettes made in… et sa propre histoire.

2 • AURÉLIEN DAVID - VANISHING PEOPLE.
PROPOSITION 2. “First attempt to preserve the image of businessmen from vanishing" [installation] — (Ceux qui disparaissent. Première tentative pour préserver de la disparition l’image de businessmen.)

Aurélien David introduit un rapport direct entre l’image et l’environnement par la pratique de photographie à la chlorophylle. La technique est simple : des papiers aquarelle sont recouverts de jus de plantes vertes (épinards, herbes cueillies lors de promenade…), on y ajoute un cache transparent avec une image, et le soleil s’occupera d’imprimer l’image si on laisse un temps d’exposition à la lumière solaire suffisamment long. Mais les enjeux et l’expérience nous atteignent profondément. D’abord parce que les images produites par cette technique ont un caractère verdâtre et fantômatique des plus doux, avec des nuances évanouissantes. Irréalité martienne, intimité étrangement familière, comme si depuis toujours les plantes avaient détenues en elles notre image. La spectralité leur confère une dimension aveugle, et les traces, salissures et impuretés propres au jus chlorophyllien donnent une dimension scatologique qui s’oppose à la propreté et la netteté idéalisante des images numériques. Ensuite, les images chlorophylliennes sont éphémères, elles vont vieillir comme les feuilles des arbres ou les herbes, selon leur exposition à la lumière. Il y a alors un retour d’aura dans ces images, une rareté qui leur appartient et qui les détache du flux incessant des images numériques (internet etc.). Ces images déjouent la mystification d’une inscription du visible, et relance la puissance d’une relation dans ce qu’elle a de toujours précaire, et de nécessairement précaire dans son nouage précis avec les dimensions du devenir. Faire revenir la valeur d’image c’est la laisser apparaître dans sa possibilité de disparition. L’image, émanation végétale, atteint à peine notre regard, par effleurement d’une figure au bord de l’effacement, et livre une relation nue, mystérieuse, première et dernière, entre les hommes et la nature, dont la nécessité intime nous échappe tout en s’imposant lentement, lentement, comme une dimension nouvelle et nécessaire de suspens.

Notes de l’artiste : "Vanishing people" par Aurélien David
 
"Vanishing people" est un ensemble d’installations mettant à l’épreuve du temps et de la lumière des photographies de businessmen achetées sur une banque d’images libres de droits et tirées en grand format sur du papier photosensibilisé à la chlorophylle.
Sous l’action de la lumière, les images de businessmen changent de couleur, pâlissent et disparaissent de la même façon que les feuilles d’arbres au fil des saisons. Les businessmen sont sans têtes : l’image a déjà décapité votre banquier, ou le représentant politique, ou bien vous ? La sentence du cadrage est déjà tombée, mais une deuxième sentence les attendent : la nature et le temps vont eux-aussi se venger en « faisant leur job ».
Ces tentatives jouent de la qualité de la lumière, mais aussi de sa présence ou de son absence.
Chaque installation est présentée dans un espace clos et indépendant dans lequel pénètrent les spectateurs. Chacune d’elle est pensée comme une expérience visuelle visant à retenir ou à accélérer le phénomène de la photosynthèse, qui provoquera, tôt ou tard, la disparition de l’image des businessmen.

Installation présentée à La Compagnie :
Vanishing People. Proposition 2. “First attempt to preserve the image of businessmen from vanishing"
(Ceux qui disparaissent. Première tentative pour préserver de la disparition l’image de businessmen.)

Les spectateurs pénètrent dans un espace obscur. Par moments, un programmateur déclenche pendant un court laps de temps une lumière blanche qui éclaire l’espace et permet de voir trois businessmen (trois tirages à la chlorophylle). L’espace et les images replongent toujours trop vite dans le noir, dans l’invisible.
 
Aurélien David

Après une formation en anthropologie, Aurélien David a fait l’école de photographie ICART. Il a exposé, entre autres, à la Galerie Super à Paris, à la Biennale des jeunes créateurs à Ancône et Marseille, et à Vol de nuit à Marseille.

3 •DURANT L’EXPOSITION PRÉSENTATION DES ATELIERS DE CRÉATION DE LA SAISON 2013-2014

• Fabrice Césario : Circuit Bending 1 + 2
partenaires : Contact Club, AMPTA (du 27 juin au 4 juillet seulement)

• Nathalie Hofmann : Ma maison en mouvement
partenaires : CCO et Adelies

• Ahmed El Shaer et Isabelle Arvers : Machinima
partenaires : Adelies, Contact Club

• Elizabeth Saintjalmes et Mathilde Monfreux : Mitsi
partenaires : CCO, CIERES, Ecole de la seconde chance (groupe Etaps)

• Aurélien David : photographies à la chlorophylle
partenaires : CCO, CIERES, Ecole de la seconde chance

• Collectif jeunes de la compagnie : réalisations de l’atelier provisoire

• Stephanos Mangriotis - Un autre journal ?
Production : collectif Dekadrage (www.dekadrage.org)
Financement : ARS-paca et AP HM.