Conférence et diffusion sonore inédite de Dominique Petitgand. En partenariat avec l’école supérieure d’art d’Aix-en-Provence

 

 

conférence jeudi 31 janvier à 10h
École supérieure d’art d’Aix-en-Provence,

diffusion sonore inédite
samedi 2 février à 19h
la compagnie,
entrée libre

 

jeudi 31 janvier 10h : conférence de Dominique Petitgand
amphithéâtre de l’École supérieure d’art d’Aix-en-Provence, rue Émile Tavan 13100 Aix-en-Provence tel : 04 42 91 88 70

les pièces sonores, les éditions son et papier, les installations sonores,
l’écoute, la démarche concrète,
le réel, la voix entre souffle et texte, les paysages sonores,
le récit, le montage, la dramaturgie, la place de l’auditeur, les silences, la temporalité,
la question des supports et des formats, la prise en compte du lieu et des contextes,
les mises en espace, les dispositifs,
les traductions, les transcriptions, les formes de représentation

Cette conférence précède un workshop de deux jours avec des étudiants.

samedi 2 février à 19h : diffusion sonore inédite
la compagnie, lieu de création 19 rue francis de pressensé 13001 Marseille

Dominique Petitgand réalise des pièces sonores qui se déploient sous forme de CD, de diffusion en public dans l’obscurité, ou d’installations.
À partir de la voix, de la parole, du silence, de bruits, de musiques, il construit des micro-univers qui oscillent entre le réel et l’imaginaire, entre le souci de raconter une histoire à partir de presque rien, et la notion de gros-plan, de visage sonore. Souvent, le silence scintille et grésille, entre présence et absence...

Les CD de Dominique Petitgand sont disponibles à Label Ici, d’ailleurs...

Sur le site de gb agency se trouve la description de toutes les installations

On peut écouter aussi Le Bivouac de Dominique Petitgand, réalisé avec Xavier Thomas sur Radio Grenouille, à l’occasion de l’exposition de Dominique Petitgand à la compagnie en 2009 : "Des silences de chair"

crédits photographiques :
© Guillaume Chiron - Le Confort Moderne Poitiers / Dominique Petitgand

copyright image CD Mon possible © Stéphanie Suter / Dominique Petitgand

copyright portrait © Marc Domage

APRÈS-COUP : DOMINIQUE PETITGAND SANS PAROLES

Dominique Petitgand nous bouleverse depuis toujours par ses raccords brutaux entre des sons, des silences, des musiques, et de la parole. Les paroles constituent dans son œuvre comme un promontoire intelligible et affectif puissant qui fait toute la puissance émotionnelle de ses gros-plan sonores. Les mots dits se nimbent d’une texture vocale qui en pénètre tous les recoins profonds, immédiatement. Paroles-paysages saisis dans leur être intime, jetées dans un dehors qui est vibration matérielle du corps avant-tout. Et ceci, tout près, tout près de nous, dans une proximité monstrueuse, fantastique, comme si nous étions seuls face à l’immensité d’un mot, déployé avec des ailes d’une envergure terrifiante. La parole a été, jusque-là chez Dominique, le socle de cette apparition éblouissante, d’un être qui parle et d’un sens qui retentit mystérieusement, à l’intérieur d’une texture émotionnelle d’une densité énigmatique.

Comment, de là, Petitgand est-il encore parvenu à franchir un nouveau pallier, aussi obscur, aussi sombre et terrible que son dernier disque, Mon possible, dans lequel il a d’ailleurs pioché de nombreux morceaux pour sa diffusion d’hier soir à la compagnie ? En proposant, et c’était inédit, l’écoute de morceaux qui ne comportent pas de paroles intelligibles. Comme il le dit, il a supprimé l’essentiel de son travail.

Il a donc présenté un ensemble où ne retentissaient que sons, bruits, musiques, soupirs, râles ou spasmes, voix inintelligibles, souffles, respiration, halètement... La suppression de la parole, de tout ce qui relève du sens émanant des mots (le processus secondaire de la signification linguistique dans ce qu’elle a de complexe), n’entraîne pourtant pas du tout l’absence de présences humaines dans l’écoute. Nous entendons tout à coup une humanité parlante dans un univers sonore où là, plus personne ne parle. On sent alors comme jamais que la parole a été là, ou sera là, avant ou après ces rires, avant ou après ces souffles. Mais nous ne les entendons pas. Nous entendons ces interstices se déployer, nous envahir parce que tout à coup plus aucun sens ne retient leur horizon : nous sommes dans une multitude de signes prélinguistiques liés à des bruits, des rumeurs, des trames sonores machiniques, et tout ceci ne se sépare pas dans notre tête de la présence humaine, et des paroles que nous ne pouvons nous empêcher d’associer à ces présences, même si nous ne les entendons jamais.

Le relief n’est jamais aussi contrasté que lorsque des précipices de silence, des absences redoutables, marquent la composition de cette façon aussi tranchée. On dirait que toute une misanthropie esthétique, insupportable, essaie de balayer le poids de l’intelligibilité des mots pour nous dire : plus de mots, assez de leur sens, écoutez donc la matière sonore dans ses fibres insaisissables ! Assez du langage humain qui découpe dans le réel en le manquant ! On est descendu, avec cette soirée, dans les tréfonds d’une humanité où la conscience oscille entre ce qui reste accroché aux paroles et ce qui glisse, dérive, explose de façon incessante autour d’elles.

Les paroles ne sont plus là, mais ce que cette soirée montre c’est qu’on ne se défait jamais tout à fait de leurs spectres. C’est là la hantise dont ces sons sont le tourment, touchant ces zones souterraines de l’inconscient comme si Petigand était descendu dans la cave de la maison de Psychose, en deçà du rez-de-chaussée où opère le moi, en deçà du surmoi qui intervient depuis le premier étage. Ce monde n’est pas tant présymbolique qu’asymbolique, les sons coexistent avec un symbolique barré, et là nous sommes terrorisés par ces effets de frontière dissoute et par cette menace où tout à coup tous les signes seraient détruits parce que les mots ne raccrochent plus aucun ordre. Le chaos gronde, emportant soupirs, bruits de moteurs, débris du monde et du sujet. L’être-parlant que je suis est alors saisi par ce qui le clive, et puisqu’il ne se détache pas des spectres de la parole même quand elle n’est plus là, il touche leur envers et leur dehors. Le corps de la lettre est tout à coup plus matérialisé parce que la lettre est oblitérée, absente, gommée. C’est un gouffre d’intuitions sinueuses, vivantes, qui prolongent indéfiniment des perceptions parcellaires, qui se mêlent à des fragments dont les éclats tranchent directement notre corps. C’est ça, ces sons, sans parole, tranchent directement dans notre corps émotionnel, dans notre matière-mémoire, dans notre perception onirique. Et, comme me le dit mon ami François Parra, samedi soir nous avons perçu à nouveau cet étrange excès : les sons de Petitgand parlent tellement... Même sans parole, ça parle, ça parle.
(PEO)