5 films de Loïc Larrouzé

 

 

Les films de Loïc Larrouzé ont été montrés pour la première fois en public, en présence des danseurs de Ex Nihilo (Anne Le batard, Anna Reymann, Jean-Antoine Bigot).

 

mercredi 26 mai 19h

Indépendant
Retable
Îlo
Confessio
ex nihilo

en présence de Loïc Larrouzé et de Ex Nihilo

Le projet Passants s’est déroulé durant toute l’année 2002, ne prenant pas
de forme spectaculaire mais celle de multiples interventions dans le
quotidien, solos, duos, dans les espaces publics du quartier. Ces
interventions se sont écrites pendant une période de recherche et
d’échanges, alors qu’à la compagnie étaient proposés ateliers et cours,
présentations publiques de vidéo-danses, d’expériences similaires concernant
la présence de danseurs dans des quartiers...
Depuis, Passants n’a pas cessé d’évoluer : la résidence à la compagnie a été
le point de départ d’une forme qui maintenant circule ailleurs.

C’est le regard subjectif d’un spectateur, d’un passant, que Loïc Larrouzé propose. Alors que les danseurs ont eux-mêmes produit de nombreux enregistrements vidéos de leurs interventions, ces cinq fragments, qui utilisent des images produites pendant deux jours seulement, sont montés de telle sorte qu’ils recomposent chacun une scène, une séquence ainsi isolée dans sa singularité : les sons sont parfois retravaillés (ajouts de musique, inversions de certains sons ambiants) ; la structure de l’image en splitscreen (multi-écrans) pour la partie intitulée Ex Nihilo donne une lisibilité particulière du travail du détail qui s’est élaboré pendant ces moments dansés dans la rue.

La sobriété du traitement de ces enregistrements garde une proximité avec ce qu’il y a de radical dans ces performances urbaines : les danseurs, sans autre signe distinctif que leurs mouvements, dans des habits familiers, quelconques, se sont infiltrés dans le quotidien de l’espace extérieur, en s’exposant aux autres. L’étrangeté de ces déplacements infimes, où le corps gesticulant se détache de tous les codes de la représentation spectaculaire, apparaît comme ce qui jette un trouble dans la rue : l’espace extérieur résonne discrètement d’un affect solitaire et personnel ; chaque danseur porte avec lui un trésor de solitude qu’il ne cache pas, et qu’il ne révèle pas non plus. Entrecroisements : une différence secrète s’exprime en chacun sans que les résonances mutuelles, les échos d’un geste à l’autre, ne viennent altérer cette profonde singularité qui s’inscrit là et là.
C’est aussi la malléabilité de la plus grande scène du monde, la ville, qui donne à cette chorégraphie ininterrompue son caractère bruissant, incessant : proximité avec la rumeur de la ville. Les flux interrompus des voitures font de la rue cette espace tantôt menaçant, tantôt libre : Anna se lancera le temps d’un jeu éphémère, sur cet espace non-piéton, avant que la circulation ne vienne réoccuper ce vide sans cesse masqué, et qui, le temps d’un moment fugitif, suspendu, a été peuplé d’un imaginaire par cette présence, cette action insolite.

Les nombreuses questions du public, les paroles des danseurs, ont permis de replonger, à partir de cette projection, dans la complexité et la légèreté de cette première étape du projet Passants. La connivence intime, la surprise et l’étonnement suscités durant tous ces moments dans les rues de Belsunce, le caractère flottant et secret d’une relation à un public perpétuellement renouvelé, ont été au centre de la discussion qui a montré que l’Ouvert est le caractère fondamental de cette démarche.